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Famille de dépressifs

Un journaliste raconte la dépression de sa mère et sombre à son tour.

Drôle d’histoire. À la mort de sa mère, en novembre 2016, le journaliste danois Peter Øvig Knudsen, alors âgé de 55 ans, décide d’écrire une enquête à son sujet. Une société encore traditionnelle l’avait cantonnée à un rôle de femme au foyer et plongée dans la dépression. Cinquante ans durant, elle avait enchaîné les séjours discrets en hôpital psychiatrique. À travers son histoire, Knudsen veut évoquer le sort de ces « nombreuses femmes qui, à la même époque, ont vécu des histoires similaires dont on ne parlait que dans le huis clos familial », relate le site littéraire Litteratursiden. Knudsen s’efforce de comprendre les raisons exactes de la maladie de sa mère. Pour ce reporter aguerri, la tâche ne s’annonce guère différente de ses précédentes enquêtes sur le mouvement hippie, la mouvance d’extrême gauche ou une célèbre bande de criminels. Mais en cours de rout
e, la dépression le saisit à son tour. L’auteur emprunte la même pente que sa mère, au point d’envisager le suicide. Comme elle, il ­subit traitement sur traitement, sans aucune amélioration. Ses proches se résignent alors à le faire interner dans le service psychiatrique du plus grand hôpital du royaume, à Copen­hague, « presque contre sa ­volonté, parce qu’il avait vu Jack Nicholson devenir un zombie dans le film Vol au-dessus d’un nid de coucou », note le quotidien Berlingske. Dans sa jeunesse gauchiste, Knudsen avait d’autant plus critiqué l’univers psychiatrique que sa mère l’avait subi sans jamais guérir. Mais les électrochocs qu’on finit par lui administrer parviennent à le tirer d’affaire, alors qu’ils n’avaient pas donné de résultats sur sa mère. « Après quatre mois de maladie et deux mois d’internement, il sort de l’hôpital et retourne à son clavier en 2018 » pour achever son projet, résume Berlingske. « L’approche extrêmement personnelle rend le livre encore plus crédible et convaincant. La dépression a changé le regard de l’auteur sur sa mère, sur lui-même et sur la psychiatrie », pointe Litteratursiden. Min mor var besat est « une description nuancée de la maladie psychiatrique vécue de l’intérieur », sous une forme ­extrêmement documentée, nourrie entre autres par les dossiers médicaux de la mère et du fils. « Une façon entièrement nouvelle d’évoquer la dépression », juge le quotidien Politiken. Dans les pages de Berlingske, Peter Øvig Knudsen assure être sorti de cette période compliquée avec « une meilleure compréhension du monde ». Paradoxe : ce récit passionne les Danois, qui vivent pourtant dans le deuxième pays le plus heureux du monde, selon le classement 2019 de l'Onu.
LE LIVRE
LE LIVRE

Min mor var besat. Da jeg mødte depressionens dæmon de Peter Øvig Knudsen, Gyldendal, 2019

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