Gracq et Jünger

Gracq et Jünger

Julien Gracq n’aurait jamais écrit Le Rivage des Syrtes s’il n’avait pas lu Sur les falaises de marbre.

Publié dans le magazine Books, novembre / décembre 2017.
De Julien Gracq, on a pu dire que ses phrases, souvent longues, très construites, évoquaient la syntaxe germanique. De fait, c’est un ­auteur fort apprécié outre-Rhin. À peu près tous ses livres y sont disponibles, y compris le tout dernier, Les Terres du couchant, paru de manière ­posthume en 2014 en France (chez José Corti) et qui vient d’être traduit en allemand. L’hebdomadaire Der Spiegel lui a consacré pas moins de quatre pages. Le journaliste Romain Leick y rappelle notam­ment les liens intellectuels et personnels qui unissaient l’écrivain français à son « jumeau » allemand, Ernst Jünger. Gracq n’a jamais caché l’immense influence que ce dernier avait exercée sur lui. Sans doute n’aurait-il jamais écrit Le Rivage des Syrtes, son roman le plus célèbre, celui qui lui valut, en 1951, un Goncourt (refusé), s’il n’était pas tombé, en décembre 1943, sur la traduction française de Sur les falaises de marbre. Comme le rappelle Romain Leick, « les auteurs allemands n’étaient pas vraiment popu­laires à ce ­moment-là en France ». Gracq lut l’ouvrage d’une traite sur un quai de gare et en conclut que toute la littérature de son époque n’arrivait pas à la cheville d’un livre de Jünger. Les deux hommes se rencontrent en 1952. Une amitié naît qui ne va jamais vraiment cesser : « Pour le 70e anniversaire de Jünger, en 1965, Gracq écrivit un article inti­tulé “L’œuvre d’Ernst Jünger en France”. Pour son 85e anniversaire, en mars 1980, il participa à la cérémonie orga­nisée en son honneur…

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