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Il est né le Divin enfant

Derrière les figurines familières du bœuf, de l’âne et de la Sainte Famille se déploie une longue histoire, riche de personnages et d’inventions.

La crèche m’a toujours intrigué comme objet culturel, car je me doutais qu’on ne pouvait la réduire à une simple tradition de Noël. Je me suis passionné pour cet univers de figurines porteuses de sens même pour les non-croyants », relate l’anthropologue italien Maurizio Bettini, auteur de Contre les racines (­Flammarion, 2017). Ce professeur de philologie classique à l’université de Sienne publie une étude historique originale sur cet objet à la fois enchanté et familier, sur ce symbole chrétien adopté par des familles de toutes obédiences.

D’où vient, au fond, la représentation traditionnelle de la Nativité ? Comment ses éléments se sont-ils sédimentés au point de paraître immémoriaux ? « Tel un insolite agent 007, et fort d’une approche laïque, Bettini analyse à fond le moindre élément offert par les sources disponibles, les croise, parcourt les sentiers sémantiques et assemble les tesselles d’une mosaïque complexe », résume la vaticaniste Franca Giansoldati dans le quotidien Il Messaggero.

De fait, l’imaginaire de la Nativité est le fruit d’une « stratification multimillénaire de réécritures, de récits », note L’Osservatore romano, le quotidien du Vatican, qui salue la « chasse au trésor » de Bettini. Dans l’évangile selon Matthieu, le premier à relater la naissance du Christ, la crèche ne possède pas les éléments qui peuplent aujourd’hui notre imaginaire : ni cabane ni grotte, ni même de mangeoire ou d’animaux pour réchauffer le corps du divin enfant. Quant à l’étoile qui guide les rois mages et les bergers, signale L’Osservatore romano, c’est une trouvaille de l’évangile de Marc.

Pour Bettini, cet assemblage pittoresque est le fruit d’une « longue histoire complexe, où ont conflué mythes et récits antérieurs au christianisme, évangiles, légendes et croyances locales, créations des poètes, spéculations des théologiens, etc. ». Dans la Rome antique, lors des sigillaria, une partie de la fête des Saturnales qui se déroulait fin ­décembre, on célébrait le dieu ­Saturne en lui offrant des statuettes en terre cuite qui étaient vendues sur un marché ressemblant fort à nos actuels marchés de Noël.

La première crèche de la tradition chrétienne fut créée en 1233 par saint François d’Assise dans une grotte de Greccio, en Ombrie. Ce sont les habitants, accourus pour participer au rite, qui préfigurent les personnages devenus depuis des « présences incontournables de nos crèches » parce qu’ils « affirment la nature divine du nouveau-né », précise L’Osservatore romano. En somme, la crèche fonctionne comme un spectacle participatif.

LE LIVRE
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Noël. Les origines de la crèche de Maurizio Bettini, Seuil, 2019

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