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Insubmersible

Un sous-marin inspire onze récits de naufrage et de trajectoires manquées.

Quel est le point commun entre un informaticien en cavale, le peintre japonais Hokusai et une femme polonaise au bras tatoué ? Pour l’écrivain uruguayen Juan Carlos Mondragón, la réponse tient en un nom : Isaac Peral.

Cet ingénieur et capitaine de navire espagnol conçut en 1885 le premier sous-marin opérationnel, mais son génie précurseur se heurta aux préjugés des autorités scientifiques de l’époque, qui jetèrent le discrédit sur son invention.

Juan Carlos Mondragón est installé depuis trente ans en France, où il écrit et enseigne la littérature latino-américaine à l’université. Une bonne partie de son œuvre – qui compte des romans, des essais mais surtout des recueils de nouvelles – est traduite dans notre langue. Elle gagnerait toutefois à être mieux connue.

Dans le quotidien uruguayen El País, l’écrivain et professeur de littérature Juan de Marsilio salue le style « d’une grande complexité » d’un « excellent prosateur ». Le Sous-marin Peral recèle, selon lui, des « trésors enfouis ».

Tout en rendant hommage à un créateur incompris, Juan Carlos Mondragón nous invite à sonder les profondeurs des errances humaines. En onze nouvelles qui sont comme autant d’îlots d’un archipel, il fait naviguer le lecteur à travers les territoires et les possibles, comme dans le récit « L’appel du temps », où le personnage principal se réinvente en héros d’un roman d’espionnage.

Le submersible apparaît comme le fil conducteur de récits en apparence disparates, celui d’Isaac Peral et de son génie méconnu et ceux qui ont pour théâtre le bar de Montevideo qui porte le nom de son invention. « Le sous-marin symbolise également ce qui est de l’ordre du rêve, suggère Juan de Marsilio, ce qui aurait pu être mais n’a pas été, non pas à cause des hasards du destin, mais par antagonisme. »

Il en va de même pour l’épouse assassinée qui hante «La jeune fille et la mort », titre inspiré d’un lied de Schubert, où, pour sauver de l’oubli sa fille disparue, une mère raconte les récits que celle-ci imaginait.

L’image du sous-marin est en outre, de l’aveu de l’auteur lui-même, une illustration de la fameuse « théorie de l’iceberg » d’Ernest Hemingway, selon laquelle l’auteur doit chercher à adopter le style le plus épuré, le plus minimaliste qui soit, de manière à ce que la signification profonde du récit n’apparaisse pas en surface, que le lecteur la devine à peine et soit contraint, pour la trouver, de sonder les abîmes du texte.

Mieux : à en croire Marsilio, l’entrelacs de citations, de références littéraires et d’allusions qui submergent Le Sous-marin Peral sont autant d’incitations à prolonger le plaisir de la lecture au-delà du recueil.

LE LIVRE
LE LIVRE

Le Sous-marin Peral de Juan Carlos Mondragón, traduit de l’espagnol par Gabriel Iaculli et Annie Morvan, Seuil, 2020

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