La lecture au féminin
par Jean-Louis de Montesquiou

La lecture au féminin

Publié dans le magazine Books, décembre 2018/ janvier 2019. Par Jean-Louis de Montesquiou
Montaigne a écrit Les Essais en « langue vulgaire » afin de pouvoir être lu des dames d’alors. Bon calcul : les grands lecteurs sont des lectrices. « Les femmes sont les seules à lire en France, regrettait Stendhal. La grande occupation des provinciales, c’est de lire des romans. […] Les hommes ont pris le goût de la chasse et de l’agriculture, et leurs pauvres moitiés ne pouvant faire des romans se consolent en les lisant ». Désormais, les « pauvres moitiés » se sont mises à « faire des romans ». Même s’il y a eu des antécédents – Mme de La Fayette, George Sand, Jane Austen… –, la littérature par les femmes et pour les femmes est un phénomène de masse récent. Il a fallu attendre Virginia Woolf et Une chambre à soi (1) (1928) pour le voir théorisé. Au XVIIIe siècle, s’indigne-t-elle, le Dr Johnson pouvait encore écrire à propos d’une artiste qu’elle est « comme un chien qui marche sur ses pattes arrière. Il ne fait pas ça bien, mais c’est formidable qu’il puisse même le faire ». Qu’est-ce qui a changé la donne ? Pour Virginia Woolf, c’est le fait que les femmes écrivains disposaient dorénavant d’« un revenu propre » – qu’elle évaluait à un minimum de 500 livres par an, soit 8 000 euros d’aujourd’hui – et d’« une chambre qu’on puisse fermer à clé ». Et sur quoi ces nouvelles femmes de lettres allaient-elles écrire ? Pas sur les hommes en tout cas. « Les femmes semblent beaucoup plus inté­ressantes pour les hommes que les hommes pour les femmes », selon Virginia Woolf. Pendant des siècles,…

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