La personnalité du personnage
par Jean-Louis de Montesquiou

La personnalité du personnage

Publié dans le magazine Books, juillet/août 2018. Par Jean-Louis de Montesquiou
Comme tant d’autres couples qui se respectent, celui formé par le lecteur et l’auteur du roman est en fait un ménage à trois, avec, dans le rôle pernicieux du troisième comparse, le personnage. Ou plutôt les personnages, car en général ils sont plusieurs, voire pléthore : près de 500 dans À la recherche du temps perdu ; au moins 2 000 dans La Comédie humaine ; 3 237 dans la Bible ; et 37 267 chez Alexandre Dumas, probablement le détenteur du record. Non seulement le personnage a tendance à capter l’affection du lecteur – le plus souvent une lectrice –, mais en plus il donne bien du fil à retordre à son créateur. Rares sont les romanciers comme Vladimir Nabokov qui conduisent leurs personnages « au fouet » (« S’ils doivent traverser la rue, ils ont intérêt à le faire »). La plupart du temps, ceux-ci se construisent puis existent indépendamment de l’auteur, sinon de son subconscient. « J’en connais qui prennent le contre-pied de toutes mes idées, par exemple qui sont anticléricaux en diable et dont les propos me font rougir », gémit François Mauriac, si soucieux de piété et de bienséance. Mais, en bon casuiste, il avance aussitôt une excuse : « C’est assez mauvais signe qu’un des héros de nos livres devienne notre propre porte-parole. Lorsqu’il se plie doci­lement à ce que nous attendons de lui, cela prouve, le plus souvent, qu’il est dépourvu de vie propre et que nous n’avons entre les mains qu’une dépouille. » Exact. C’est même la marque d’une création réussie que de…

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