La solitude du gardien de but
par Jim White

La solitude du gardien de but

Nabokov, Jean-Paul II et Camus ont en commun d’avoir occupé et aimé le poste de goal. En supportant le sort redoutable réservé à ces joueurs habitués à endosser le rôle du bouc émissaire.

Publié dans le magazine Books, avril 2013. Par Jim White
Le moment le plus honteux de ma piètre carrière footballistique s’est produit à la fin d’une rencontre du défunt championnat de Fleet Street (1). J’étais capitaine de l’équipe de mon journal et nous avions été écrasés par celle d’un concurrent. Après cette défaite, j’avais déversé toute ma frustration sur le gardien de but. Les mots exacts se sont heureusement perdus dans les brumes de ma mémoire mais je lui ai dit, en substance, que nous aurions mieux fait de mettre à sa place un plot en plastique devant nos buts. Cela aurait au moins permis d’arrêter un ou deux tirs… Depuis vingt ans, chaque fois que je vois cet ex-gardien, devenu depuis un spécialiste renommé des médias, intervenir dans l’émission Newsnight, je sens mon estomac se nouer de honte. Tel est hélas le lot commun des gardiens, comme le raconte Jonathan Wilson dans le livre splendide qu’il consacre à cette congrégation. Le gardien est le joueur le plus exposé sur le terrain, celui dont les erreurs sont les plus remarquées. On lui fait facilement des reproches qui devraient être partagés collectivement. Comme l’écrit Wilson, « les faiseurs d’opinion les plus influents ont toujours trouvé des boucs émissaires : Marx a accusé le système capitaliste, Freud le sexe, Dawkins la religion, Larkin ses parents et le Dr Atkins la pomme de terre. Les footballeurs s’en prennent au gardien de but ». Ce que Wilson cherche à savoir, c’est si le fait d’être différent exige du gardien un caractère particulier. Étant donné ce qu’il doit…

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