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La texture des jours

Le premier roman de Daniel Saldaña París campe un Bartleby moderne.

Le Mexicain Daniel Saldaña París n’est pas homme à se reposer sur ses lauriers. Après deux ­recueils de poésie remarqués, il s’est tourné vers le roman. Avec succès puisqu’il est aujourd’hui considéré, à 35 ans, comme l’une des figures montantes des lettres mexicaines. Dans le premier de ses deux ­romans, Parmi d’étranges victimes, il campe un anti-héros languide, un « jeune vieux ». Le narrateur, Rodrigo, 27 ans, travaille comme « administrateur des connaissances » dans un ­musée de Mexico. Il passe le plus clair de son temps à « observer la texture irritante des jours », ce qui consiste, par exemple, à épier une poule sur le terrain vague derrière son immeuble ou à collectionner des sachets de thé. « Ceux qui ont la chance d’avoir déjà lu Saldaña apprécieront la continuité, ­assure la revue mexicaine Tierra adentro. De sa poésie persiste la facilité avec laquelle deux idées se rencontrent, presque du néant, pour créer une espèce de courant de conscience », à savoir la voix de Rodrigo.

Bartleby moderne, ce dernier en vient à épouser la secrétaire du musée – qu’il méprise pourtant – à la suite d’un malen­tendu que par indolence il renonce à dissiper. Lorsque le gouvernement mexicain décide de réduire drastiquement le budget de la culture, Rodrigo est licencié et voit sa belle routine voler en éclats. Désœuvré, marié sans l’avoir voulu, en pleine torpeur existentielle, le jeune homme fuit Mexico, ce « monstre oppre­ssant », et part se réfugier dans le petit village de Los Gira­soles, chez sa mère. Il y fait connaissance du nouvel amant de celle-ci, un universitaire espagnol échoué là alors qu’il enquê­tait sur la mystérieuse disparition d’un poète dont il écrit la biographie. Lequel apparaît comme le double fictionnel d’Arthur Cravan, le sulfureux poète britannique d’expression française, précurseur du mouvement dada, mort de façon un peu mystérieuse, probablement au large de la côte pacifique du Mexique en 1918.

Pendant plusieurs années, ­Daniel Saldaña París a fait des recherches sur Cravan, explique-t-il au quotidien mexicain El Economista. « Mais, à un moment, j’ai ressenti le ­besoin de le faire basculer dans la fiction afin de m’approprier le personnage avec plus de liberté. » Et des liber­tés, le jeune romancier mexicain n’hésite pas à en prendre, enchaînant les péripéties cocasses et cruelles, ponctuées d’observations corrosives sur ses contemporains. La presse mexicaine le compare à Houellebecq, à Bolaño et même à Kafka. « La prose de Saldaña est bâtie sur l’ironie, estime le romancier Antonio Ortuño dans le mensuel Letras libres. Il écrit avec une grandiloquence burlesque qui ne transige pas avec la rigolade, il met un langage baroque et constellé de réfé­rences au service d’un discours qui en devient très spirituel ».

LE LIVRE
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Parmi d’étranges victimes de Daniel Saldaña París, Métailié, 2019

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