Le journal de Polina
par Polina Jerebtsova

Le journal de Polina

Partout ailleurs, on n’est pas sérieux, quand on a 14 ans. Mais dans la Grozny bombardée de la seconde guerre de Tchétchénie, où l’on pouvait revenir des courses avec des éclats d’obus fichés dans la jambe, on grandissait vite. Extrait de l’étonnant journal inédit d’une jeune Tchétchène, avant sa sortie chez Books éditions fin septembre.

Publié dans le magazine Books, septembre 2013. Par Polina Jerebtsova
(12 novembre 1999 – 13 h 10) Je le jure ! Je ne pensais pas rester en vie. Ce que je vais raconter, c’est un vrai miracle ! Ce matin, nous sommes parties au petit marché de l’arrêt Beriozka. Nous espérions y acheter des pommes de terre, deux kilos au moins. Et du pain, si on en trouvait. Il nous reste peu de farine. Moins de la moitié d’un paquet. Nous la gardons en cas de besoin. Après avoir passé le premier jardin d’enfants, celui qui est blanc et vert, nous sommes entrées dans la malheureuse cour où nous en prenons à chaque fois pour notre grade. Et là, les bombardements ont commencé ! Nous avons couru nous abriter dans une entrée au rez-de-chaussée d’un grand immeuble de quatre étages. Il n’y avait personne dans le premier hall, on ne pouvait se réfugier nulle part. Nous avons donc couru vers une autre entrée, où nous sommes tombées sur une vieille Russe. Elle nous a dit qu’elle vivait seule dans cet immeuble. Mais elle avait les clés de tous les appartements : les habitants les lui avaient confiées en cas d’incendie. Elle avait, entre autres, celle d’un appartement du rez-de-chaussée. Nous y sommes entrées. Les bombardements se poursuivaient – l’avion tournait au-dessus de la cour. Sous nos yeux, les vitres, puis les fenêtres, les chambranles ont volé en éclats dans la rue. Un trou béant s’est ouvert. Deux lits, larges et hauts, nous ont foncé dessus ! Une fumée blanche, pareille…

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