Littérature ou pornographie ?

Dans l’incessant lamento sur la fin de la lecture, voici enfin une note un peu plus allègre : celle que fait entendre un professeur de lettres de Harvard, Marjorie Garber, dans son livre « Us et abus de la littérature ». À ses yeux, « la littérature possède le pouvoir de générer constamment, comme les cellules souches, de nouvelles expériences imaginatives », rapporte le Seattle Times. À ce titre, elle est le vecteur de la façon de penser d’une époque ou d’une culture. Voilà pourquoi il importe de lire avec attention les textes fondamentaux du « canon littéraire ». Mais desquels s’agit-il donc ?

Dans l’incessant lamento sur la fin de la lecture, voici enfin une note un peu plus allègre : celle que fait entendre un professeur de lettres de Harvard, Marjorie Garber, dans son livre « Us et abus de la littérature ». À ses yeux, « la littérature possède le pouvoir de générer constamment, comme les cellules souches, de nouvelles expériences imaginatives », rapporte le Seattle Times. À ce titre, elle est le vecteur de la façon de penser d’une époque ou d’une culture. Voilà pourquoi il importe de lire avec attention les textes fondamentaux du « canon littéraire ».
Mais desquels s’agit-il donc ? Les frontières du territoire littéraire sont incertaines, et constamment réévaluées. Platon bannissait de sa cité idéale les poètes, peu sensibles à la raison, qui risquaient de pervertir la jeunesse. Au XVIIe siècle, les pièces de théâtre, Shakespeare compris, étaient jugées indignes de figurer dans les rayons de la Bodleian Library d’Oxford. Il est manifestement impossible de dire de la littérature ce que le juge de la Cour suprême américaine Potter Stewart disait de la pornographie en 1964 : « Je sais parfaitement ce que c’est quand j’en vois ! »

Façon de dire

La pornographie, précisément : quelle meilleure pierre de touche pour la littérature ? La question de savoir si une œuvre licencieuse peut être rachetée par sa qualité stylistique agite les tribunaux depuis des siècles. Oui, en France, pour Madame Bovary ; non pour Les Fleurs du mal. En 1930, le Sénat américain, interrogé par les douanes sur la question de l’importation d’œuvres étrangères, classiques mais immorales (comme Ulysse ou L’Amant de lady Chatterley), a ferraillé pendant des semaines, à la grande joie du public.
Pour s’y retrouver, un seul fil conducteur, conclut Garber : la qualité du texte, « la façon de dire, plus encore que ce qui est dit », explique Christopher Beha dans le New York Times. Voilà pourquoi il importe – et importera toujours – de lire assidûment, avec intelligence et attention. CQFD.

Guglielmo Libri
 

LE LIVRE
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Us et abus de la littérature de Littérature ou pornographie ?, Pantheon Books

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