Manuel de survie à l’usage des villes

Face à la spéculation immobilière, à l’ivresse des architectes et au tourisme de masse qui menacent l’âme des plus belles cités, faut-il les embaumer ? Certes non. Une ville qui ne se transforme pas est une ville morte. Mais une ville qui trahit le code génétique légué par l’histoire l’est tout autant.

À l’époque romaine, Athènes conservait jalousement le vaisseau de Thésée, dans lequel le héros mythique était rentré en Crète après avoir vaincu le Minotaure. À mesure que son bois antique se détériorait, on le remplaçait par morceaux. Aussi, rapporte Plutarque dans sa Vie de Thésée, cette relique servait d’exemple aux philosophes « dans leurs disputes touchant les choses qui s’augmentent, à savoir si elles demeurent unes ou si elles se font autres, […] les uns maintenaient que c’était un même vaisseau, les autres, au contraire, soutenaient que non ». (1) Le navire visible change, à mesure que ses pièces de bois sont changées ; et pourtant il reste le même, si chaque pièce est identique à la précédente, et si la forme d’ensemble demeure intangible. Tel est le paradoxe de la conservation selon le modèle « oriental », dont le temple d’Ise, au Japon, offre un parfait témoignage : depuis le VIIe siècle au moins, il est rituellement démoli et reconstruit tel quel tous les vingt ans, une seule colonne de l’édifice antérieur (jamais la même) é...
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Si Venise meurt de Salvatore Settis, Hazan, 2015

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