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Les meilleures ventes en Israël – La loi du marché

Que lit le peuple du Livre ? Il y a encore une dizaine d’années, des écrivains israéliens « canoniques » tels qu’Amos Oz, ou plus jeunes comme Sayed Kashua et Etgar Keret, voyaient leurs œuvres systématiquement propulsées en tête des ventes. En 2018, le dernier roman poli­cier de Dror Mishani a certes ­occupé cette place durant douze semaines, mais c’est là un fait suffisamment remarquable pour être signalé. En 2019, des romans de ­David Grossman et d’Eli Amir figurent sur la liste des best-­sellers de Steimatzky, la première chaîne de librairies d’Israël, mais les autres titres n’ont pas la même qualité littéraire. Un coup d’œil au palmarès d
e la deuxième ­enseigne du pays, Tzomet ­Sefarim, confirme le constat : Et après, de Guillaume ­Musso, occupe la première place. À l’exception d’un titre israélien, « Comme nous étions autrefois», d’Avishag Charkhi, une romance teintée d’érotisme, le reste est constitué de succès internationaux, principalement anglo-américains. Que s’est-il passé ? Les listes de best-sellers publiées aujour­d’hui dans la presse ne sont plus établies par des journalistes, ­observe un ancien rédacteur en chef du supplément littéraire du quotidien Ha’Aretz: il s’agit d’encarts publicitaires payés par Steimatzky et Tzomet Sefarim. Comme ces deux mastodontes sont adossés à un grand nombre de maisons d’édition, la presse estime ne plus pouvoir collecter de chiffres de ventes fiables. De surcroît, au grand dam des rares maisons encore indépendantes, les deux chaînes de librai­ries ont lancé une offre promotionnelle baptisée « Quatre [livres]pour 100 shekels », soit environ 25 euros. Il suffit qu’un roman y soit inclus pour qu’il se vende comme des petits pains. « Les lecteurs ne se demandent plus ce qu’ils ont envie de lire, mais ce qu’il y a en promo », ­déplore ­Racheli Edelman, direc­trice de la maison d’édition indé­pendante Schocken, dans une interview accordée au quotidien Makor Rishon. Pour lutter contre ce phénomène et au terme d’âpres négociations, une loi relative au prix du livre, inspirée de la loi Lang, avait été promulguée en 2013, avant d’être abrogée trois ans plus tard par l’actuelle ministre de la Culture et des Sports, Miri ­Reguev. « Le peuple du Livre doit pouvoir acheter un livre à un prix abordable pour le peuple », clame celle qui se vante de ne pas avoir lu Tchekhov.

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