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Les meilleures ventes en Italie – Bonne nuit les petites !

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Féminisme soft et nostalgie du temps où la politique suscitait encore des espoirs.

Certains best-sellers révè­lent les ambiguïtés de la société italienne. Exemple ? En tête des ventes, le deuxième tome d’Histoires du soir pour filles rebelles, de Fran­cesca Cavallo et Elena Favilli, offre une galerie de portraits de grandes figures féminines. On y trouve, entre autres, la chanteuse Beyoncé, la romancière J. K. Rowling, l’actrice Sophia Loren, la joueuse de tennis Billie Jean King et l’astronaute Samantha Cristoforetti. Son éditeur, Mondadori, se réjouit qu’« avec plus de 1 million d’exemplaires vendus dans le monde » ce livre soit devenu « un symbole de liberté », montrant que « cela vaut toujours la pe
ine de lutter pour l’égalité ». Cette profession de foi témoigne que l’Italie ne reste pas à l’écart du mouvement féministe actuel : avec ce recueil, les petites filles se voient en effet désigner des formes de réussite éloignées du foyer. Pourtant, une telle ­démarche présente ses limites. Les femmes érigées en modèles ne rompent pas toutes avec les stéréotypes de genre. ­Sophia Loren et Beyoncé offrent l’image somme toute classique de la femme séductrice. C’est donc une égalité édulcorée que promeut ce livre d’histoires faites pour s’endormir : bonne nuit les petites ! En ce qui concerne la place des femmes, l’Italie évolue… lentement. En revanche, l’homosexualité n’est pas taboue. Le roman d’André Aciman ­Appelle-moi par ton nom, qui explore une passion d’été en Toscane entre deux hommes, est plébiscité. Sa récente adaptation au cinéma par Luca Guadagnino sous le titre Call me by your name y est sans doute pour quelque chose. Dans un autre genre, « Un atome de vérité », de Marco Damilano, directeur de l’hebdomadaire de gauche L’Espresso, permet de mieux comprendre le pays, quarante ans tout juste après l’enlèvement et l’assassinat du dirigeant de la Démocratie chrétienne Aldo Moro par les Brigades rouges. Car cet événement marque le début de la crise de la représentation politique, ­affirme l’auteur. Aldo Moro avait orches­tré avec Enrico Berlinguer, dernier grand secrétaire général du Parti communiste italien, le fameux « compromis historique » qui devait permettre au PCI d’entrer au gouvernement. Avec la mort d’Aldo Moro, ­affirme Damilano, l’espoir a cédé la place à la peur, au narcissisme et au ­nihilisme. Et à la nostalgie, peut-on ajouter.

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