Il vous manque un numéro de Books ? Complétez votre collection grâce à notre boutique en ligne.

Les meilleures ventes en Turquie – La liberté par les livres

La lecture gagne du terrain. Peut-être parce que la censure qui frappe la presse épargne (encore) l’édition.

En Turquie, la censure s’abat régulièrement sur les jour­naux qui critiquent le régime de Recep Tayyip Erdoğan, mais rien n’empêche pour le ­moment de se procurer en librairie des ouvrages de toutes opinions. Cela explique peut-être la soif de lire, particulièrement chez les jeunes.

 

Dans un pays où l’enseignement se cléricalise et où l’histoire se plie à une réécriture politique, le livre apparaît comme une école de substitution. De fait, il s’en ­publie toujours davantage (61 000 en 2018, en augmentation de 11 % par rapport à l’année précédente). Les ventes progressent (de 7 % par an), et les adultes sont de plus en plus nombreux à acheter au moins un ouvrage par an.

 

Par rapport à ses 82 millions d’habitants, la Turquie compte pourtant nettement moins de librairies que les pays d’Europe occidentale, et les éditeurs ont du mal à se faire payer. Certains, comme Yapı Kredi Yayınları, ont donc créé des points de vente exclusifs ou se sont adossés à des banques (Yapı Kredi). Sans surprise, les lecteurs se trouvent surtout dans la partie la plus prospère (et laïque) du pays, soit sa moitié ouest, d’Ankara à Izmir et Istanbul.

 

Au palmarès d’Idefix, l’une des deux principales librairies en ligne, on remarque un roman de Hasan Ali Toptaş, parfois surnommé « le Kafka turc ». Rien que pour lire son œuvre, cela vaut le coup d’apprendre le turc, jugeait récemment le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung. Dans « Englué dans un puits sans fond », il s’intéresse à la pauvreté urbaine. Comme le résume l’éditeur, il raconte « le peuple broyé, les amours inachevées, les histoires brisées ». Manifestement, les lecteurs apprécient sa liberté de ton.

 

Ils aiment aussi le dernier roman d’espionnage d’Ahmet Ümit, ­situé entre Saint-Pétersbourg et Istanbul. Initialement engagé à gauche, Ümit s’est détourné de la politique à la fin des années 1980 : le public le connaît surtout pour ses nouvelles et romans policiers, dont certains ont été adaptés à la télévision.

 

Dans sa dernière fiction historique, la romancière Akilah Azra Kohen évoque, à travers le passage de l’Empire ottoman à la République, la dualité de la Turquie contemporaine. Dualité évidente : Stefan Zweig est l’auteur actuellement le plus vendu par Idefix à Istanbul ainsi que dans deux villes de l’est du pays – Diyarbakır, à majorité kurde, et Tunceli, seule municipalité communiste –, et un tiers des lecteurs ne lisent que des ouvrages ­religieux.

C'est gratuit !

Recevez chaque jour la Booksletter, l’actualité par les livres.

SUR LE MÊME THÈME

Bestsellers L’hypothèse Dara Shikoh
Bestsellers Pas fous ces Romains
Bestsellers Kundera ou l’éternel débat

Aussi dans
ce numéro de Books

Booksletter,
c'est gratuit !

Retrouvez gratuitement la Booksletter
chaque samedi matin dans votre boîte email.