Napoléon, un homme (presque) ordinaire

Napoléon, un homme (presque) ordinaire

Napoléon avait quelques talents, certes. Mais pas ceux qu’on lui prête. « Les Français vont détester cette nouvelle biographie de Bonaparte », prédit un historien britannique.

Publié dans le magazine Books, mai 2019.
Napoléon continue de fasciner ses anciennes victimes. La plupart des innombrables ouvrages qui lui sont consacrés sont écrits en anglais. Celui que les Britanniques surnommaient « Napsy », ou « Little Boney », est au Royaume-Uni l’objet d’un culte insolite, dont le palais londonien du duc de Wellington, son vainqueur à Waterloo, est peut-être le principal sanctuaire : Apsley House est en effet un véritable conservatoire de napoléoneries, en tête desquelles une monumentale sculpture de l’Empereur nu réalisée par Antonio Canova qui occupe toute la cage d’escalier 1. Si certains historiens britanniques sont quasi napoléonolâtres, d’autres voient en lui « une figure du mal, ou simplement un sale petit dictateur », écrit leur confrère Adam Zamoyski, qui occupe pour sa part une position un peu inédite : il considère Napoléon comme un homme (très) ordinaire qui a connu un destin extraordinaire. À cet effet, Zamoyski se livre à « un véritable travail de restauration afin d’éliminer toutes les couches de mensonges, d’exagérations et d’idées fausses et révéler l’homme débarrassé de son vernis », écrit l’historien Nigel Jones dans The Spectator. Les idées fausses sont légion, et Zamoyski prend un plaisir sadique à les débusquer. La Corse natale de Napoléon était un trou quasi moyenâgeux ; son père, Charles, un arriviste sans scrupules, qui a sans doute par intérêt laissé le gouverneur français Marbeuf coucher avec sa femme, la splendide Letizia. Enfant, le futur tyran était très orgueilleux mais malingre et morose. « Incidemment, il était nul aux échecs et pas bien fameux au lit », ajoute cruellement l’historien Gerard De Groot dans The Times. D’ailleurs, Joséphine le trompait assidûment et Marie Walewska ne semble avoir consenti à frayer avec lui que par patriotisme polonais. Adam Zamoyski (lui-même d’origine polonaise) recense impitoyablement tous les manquements privés et les ridicules de notre grand homme, mais sans animosité. Il le descend de son piédestal sans pour autant le piétiner. Il lui témoigne même parfois de la compassion, comme lors de la triste pantalonnade des Cent Jours, où Napoléon s’avère diminué, dépressif, suicidaire même ; et surtout lorsque, à Sainte-Hélène, l’ex-empereur est victime des mesquineries de son geôlier Hudson Lowe. Si l’homme sort quelque peu essoré de ces 750 pages, qu’en est-il du héros militaire ? « Napoléon était indéniablement un tacticien brillant, ce qui n’a rien d’étonnant de la part d’un habile agitateur d’arrière-pays. Mais ce n’était pas un vrai stratège, comme le montre sa triste fin », écrit Zamoyski. Et, même comme tacticien, Napoléon avait ses faiblesses – apparentes dès ses premières défaites ou quasi-défaites, celles de Bailén en 1808 et d’Aspern-Essling en 1809. « Son art de la guerre reposait plus sur l’improvisation que sur la préparation. Il a envoyé une armée envahir l’Espagne sans cartes. La folle expédition égyptienne de 1798 était une préfiguration de la désastreuse campagne de Russie : objectifs mal définis, lignes de communication beaucoup trop étirées et, au final, une épouvantable marche depuis Saint-Jean-d’Acre jusqu’au Caire, un avant-goût en plein désert de la retraite de Moscou », assène l’historien Munro Price…
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