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Le neurologue perd la tête

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Gabi Martínez a écrit un roman policier sans cadavre, dans lequel il s’agit de découvrir de quelle étrange maladie souffre le protagoniste.

À la fois écrivain voyageur, romancier et journaliste, l’Espagnol Gabi Martínez ne se laisse pas aisément enfermer dans un genre littéraire. Dans Histoire vraie de l’homme qui cherchait le yéti (Autrement, 2013), le premier de ses livres traduit en français, il dresse le portrait romancé du zoologue Jordi Magraner. Les Défenses, son roman inspiré de la vie chaotique du neurologue Domingo Escudero, repose sur un procédé similaire. « Il serait tentant de dire qu’après avoir tant arpenté le monde [Gabi Martínez] a décidé d’explorer plus en détail le voyage intérieur […]. Mais le voyage est toujours, toujours à double sens, et, dans cette dernière aventure, la spéléologie neurologique et émotionnelle lui a permis de parler du port dans lequel il s’était préparé à arriver : Barcelone, sa ville », commente Imma Muñoz dans le quotidien barcelonais El Periódico. Comme le souligne la critique, Martínez retranscrit
les convulsions politiques de sa ville natale, celles-ci faisant écho aux crises que traverse le protagoniste, Camilo Escobedo. Les Défenses relate la descente aux enfers de ce neurologue respecté, marié et père de trois fillettes. Soumis à un stress permanent et harcelé par son supérieur hiérarchique, Camilo sombre dans l’alcool. Alors que son couple vole en éclats, il est soudain pris de démence. Il devient agressif, paranoïaque, des obscénités sortent de sa bouche sans qu’il y puisse rien. Un jour, il essaie même d’étrangler sa sœur. Il est alors interné, mais, après lui avoir fait passer une batterie d’examens, les médecins sont bien en peine de poser un diagnostic. « Psychose non spécifiée », inscrit-on dans son dossier. Enfermé dans une chambre capitonnée, Camilo songe lors de rares moments de lucidité que ses symptômes coïncident avec ceux d'un type de maladie auto-immune auquel il a consacré sa thèse. « La sensation du lecteur est celle d’un promeneur qui, petit à petit, est pris dans une tornade, soulevé, propulsé dans les airs et jeté au sol, comme un boxeur mis K.O., par un écrivain doté d’un corps de bretteur et des poings de Mohammed Ali », observe Daniel Vázquez Sallés dans le quotidien madrilène El Mundo. Camilo finit par se rétablir, mais ce n’est qu’en assistant à la conférence d’un confrère, près de deux ans plus tard, qu’il apprend de quel mal il a souffert : une forme rare d’encéphalite limbique, l’une de ces affections auto-immunes qu’il a passé sa vie à étudier. Le système immunitaire des personnes atteintes sécrète des anticorps qui se retournent contre leur producteur et détruisent ses tissus. Cette pathologie n’affecte qu’une personne sur 3 milliards. Quant à envisager la probabilité qu’une telle maladie se manifeste précisément chez un neurologue passionné par l’auto-immunité, c’est à en perdre la raison.
LE LIVRE
LE LIVRE

Les Défenses de Gabi Martínez, Christian Bourgois, 2019

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