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Nostalgie du Pacifique

Le portrait d’une femme taraudée par un désir d’enfant avec, en toile de fond, une région reculée et méconnue de Colombie.


© Danilo Costa

Pilar Quintana a longtemps vécu sur la côte Pacifique colombienne, entre océan et forêt tropicale.

Quelques cabanes en bois dressées au bord de l’océan Pacifique, sur une plage de sable noir qui ressemble à de la boue, soumises aux caprices de la marée et aux pluies diluviennes : c’est le décor qu’a choisi la romancière colombienne Pilar Quintana pour La Chienne, le premier de ses livres traduit en français.

Elle y raconte la mélancolie de Damaris, qui s’occupe de l’entretien de la villa des Reyes, un couple fortuné de Bogotá. Depuis son mariage avec Rogelio, un pêcheur taciturne, elle rêve d’avoir un enfant mais n’y parvient pas. Une voisine lui donne une petite chienne âgée de quelques jours et Damaris noue avec l’animal une relation maternelle.

Mais l’affection laisse vite place au ressentiment. En grandissant, la chienne dédaigne sa maîtresse et se sauve à plusieurs reprises dans la forêt tropicale, laissant Damaris en proie à une colère froide.

« Le village dans lequel vit Damaris fait partie de ce que nous avons l’habitude d’appeler “l’autre Colombie”, la “Colombie profonde”, expressions généralement prononcées avec un brin de condescendance citadine. C’est la Colombie que nous avons du mal à comprendre parce que nous la regardons de haut, celle qui a le plus souffert de la guerre et de l’oubli, celle à qui les grandes villes ont très souvent tourné le dos », analyse Iván Andrade dans la revue colombienne en ligne Razón Pública.

Cette Colombie-là, Pilar Quintana en parle en connaissance de cause puisqu’elle a vécu neuf ans sur une langue de terre bordée par le Pacifique, dans une maison construite de ses mains, à proximité du village de Juanchaco. « Elle, qui connaît le nom des nœuds, les différents types de filets de pêche, les oiseaux et les insectes ; elle, qui distingue au premier coup d’œil un serpent inoffensif d’un venimeux, attache une grande importance à la précision de son écriture », note l’écrivaine et chroniqueuse Melba Escobar dans le quotidien El Tiempo. C’est à Bogotá, où elle vit désormais, que Pilar Quintana a écrit La Chienne, qu’elle qualifie dans les pages d’El Tiempo d’« hymne nostalgique au Pacifique ».

Son roman interroge notre conception de la maternité, en prenant pour toile de fond « une région où la fécondité est une sorte de déesse qu’on honore en procréant à tour de bras », pointe le journaliste Gerardo Quintero dans Semana rural, un magazine en ligne rattaché à l’hebdomadaire colombien Semana.

En filigrane, une question traverse le roman : l’amour d’une mère est-il aussi inconditionnel qu’on le dit ? Rien n’est moins sûr, semble répondre Pilar Quintana. La romancière laisse entrevoir la facette sombre du lien maternel, rappelant que, comme tous les cultes, celui que l’on rend à la déesse de la fertilité n’est pas sans exiger quelques victimes sacrificielles.

LE LIVRE
LE LIVRE

La chienne de Pilar Quintana, Calmann-Lévy, 2020

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