Pourquoi les « 1 % » tiennent l’Amérique

Pourquoi les « 1 % » tiennent l’Amérique

Les inégalités ont beau se creuser comme jamais depuis un siècle aux États-Unis, le mouvement social reste atone. Comment l’expliquer ?

Publié dans le magazine Books, mai 2015.
N’est-il pas révoltant que 1 % des Américains concentrent entre leurs mains près de 40 % de la richesse nationale ? À la fin du xixe et au début du XXe siècle, les ouvriers étaient nombreux à le penser et à l’exprimer, de façon parfois violente, lors de grèves et d’actions de sabotage durement réprimées. Ce que rappelle le nouveau livre de l’historien Steve Fraser. Il se demande pourquoi les inégalités, qui se rapprochent aux États-Unis de leur niveau de « l’âge doré » (le gilded age), ne génèrent pas les mêmes protestations qu’à l’époque. Car l’essor du capitalisme industriel n’alla pas sans heurts aux États-Unis. La croissance galopante qui succéda à la guerre de Sécession a, certes, permis la constitution de fortunes colossales. Mais le climat social était explosif. La ploutocratie, la cupidité et la corruption des « barons voleurs » inspiraient tantôt la moquerie (Mark Twain, notamment, en fit une satire dans le roman The Gilded Age, publié en 1873), tantôt une agitation qui contredit le « credo exceptionnaliste selon lequel la lutte des classes est étrangère à l’Amérique », lit-on dans The Atlantic. Pour illustrer la peur qui tenaillait alors les ultrariches, la célèbre journaliste altermondialiste Naomi Klein cite dans une critique publiée par le New York Times l’étonnante histoire du magnat George Pullman : lorsque le créateur des wagons-lits mourut, en 1897, sa famille le fit enterrer dans un sarcophage en béton armé, lui-même recouvert de plusieurs couches d’asphalte. Ses proches avaient peur, rapporte Klein, que le corps ne soit « profané par des ouvriers enragés ». Pour Fraser,…

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