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Proust : sept lettres par jour

Dans ses dernières années, c’était là sa seule vie sociale : 572 des 90000 lettres écrites par Marcel Proust sont publiées en allemand. Soit 1500 pages en deux volumes…


On connaît la fameuse phrase de Marcel Proust sur la littérature, qui serait « la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue ». Ce que l’on sait moins, c’est à quel point l’existence de l’écrivain s’est conformée à cette vision du monde. Son image de dandy et de dilettante est largement trompeuse : il passait son temps à écrire. Pas seulement son énorme Recherche du temps perdu, un roman avorté (Jean Santeuil), divers pastiches et essais (dont le fameux Contre Sainte-Beuve), mais surtout une quantité monstrueuse de lettres. L’édition de sa correspondance aux éditions Plon couvre 21 volumes et 4 500 lettres.

Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, un vingtième de sa correspondance totale, laquelle comprend 90 000 lettres. « Étant donné que Proust n’est devenu un épistolier régulier qu’à ­partir de ses 17 ans, cela fait à peu près sept lettres par jour », note Andreas Isenschmid dans Die Zeit.

Un florilège de cette correspondance vient d’être traduit pour la première fois outre-Rhin : « seulement » 1 500 pages en deux volumes, soit 572 lettres. Isenschmidt note que, pendant les douze dernières années de la vie de Proust (à compter du ­décès de sa mère, en 1905, jusqu’à sa propre mort, en 1922), la correspondance constituait l’essentiel de sa vie sociale. ­Oppressé par les maladies, les attaques d’asthme et la peur de la mort, il ne quittait pratiquement plus sa chambre du boulevard Haussmann.

« La plupart des gens vivent et écrivent de temps en temps une lettre ou un texte. Marcel Proust faisait le contraire : il écrivait des pages et des pages et ­sortait de plus en plus ­rarement. » Même quitter son lit était ­devenu une corvée. En 1919, il remarque qu’il vit couché depuis quinze ans. « Il écrivait ainsi et n’a ­jamais utilisé de bureau », poursuit Isenschmidt.

La correspondance de Proust montre un écrivain qui, dans ses jeunes années, se cherche, se cache derrière des masques littéraires, usant et abusant du pastiche. Par la suite, il développera des idées (comme celle du « moi multiple ») qui se retrouveront dans la Recherche et fait déjà preuve, à l’occasion des salons qu’il fréquente, d’un sens de l’observation redoutable.

Isenschmidt relève que pendant la Première Guerre mondiale, Proust s’insurge contre le chauvinisme et le rejet de la culture allemande. Il remarque aussi que ce contemporain de Freud, sans l’avoir lu, se révèle son émule, un explorateur de l’ « inconscient ».

Un regret, pour Isenschmidt : le peu de place que tient dans ces lettres La Recherche, l’œuvre de sa vie pourtant.

LE LIVRE
LE LIVRE

Briefe de Marcel Proust, Suhrkamp, 2017

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