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Toutes les larmes de son corps

Avec son premier roman, devenu best-seller, l’écrivaine danoise d’origine kurde Sara Omar avait suscité un débat enflammé dans son pays.


Sara Omar dénonce l'oppression des femmes au nom de l'islam. Originaire du Kurdistan irakien, elle est arrivée avec sa famille au Danemark en 2001.

Rarement premier roman aura suscité un tel débat au Danemark. Paru à l’automne 2017, La Laveuse de morts a d’autant plus enflammé critiques, lecteurs et politiques qu’il touche à l’islam, sujet ultra­sensible dans le pays qui a publié les fameuses caricatures de Mahomet il y a quinze ans. Que son auteure, d’origine kurde, arrivée dans le royaume scandinave en 2001, à l’âge de 15 ans (comme son héroïne), ait revendiqué le caractère autobiographique de son ouvrage n’a contribué qu’à personnifier davantage le débat. Et plus encore lorsqu’on apprit que Sara Omar avait reçu des menaces de mort à cause de son best-seller et de ses appels, dans des interviews, à une réforme de l’islam, si respectueuse des croyants fût-elle.

Le roman raconte l’histoire de Frmesk (« larme », en kurde), née au Kurdistan irakien. Son père lui en veut d’emblée parce qu’elle n’est pas un garçon. En outre, elle est venue au monde avec une étrange tache dans les cheveux. Est-ce une malédiction ? Sa grand-mère paternelle réclame son excision. À 5 ans, elle est violée par un oncle. Et ce n’est que le début. Pour Peter Nielsen, critique au quotidien de gauche Information, La Laveuse de morts est un « aperçu des atrocités » que subissent quotidiennement les femmes, dès leur plus jeune âge, dans certaines sociétés musulmanes.

Pour tenter de la soustraire à ses malheurs, le grand-père maternel de Frmesk la prend sous son aile. Son épouse, l’autre grand-mère de Frmesk, est la laveuse de morts, qui donne le titre au livre. C’est une femme qui « prend soin des corps de celles que personne ne veut enterrer », à savoir les femmes victimes de crimes d’honneur, rappelle le quotidien de centre droit Berlingske.

On retrouve Frmesk, devenue une jeune adulte, sur un lit d’hôpital au Danemark. Elle livre le récit des horreurs qu’elle a vécues à une étudiante en médecine, musulmane comme elle. Toutes deux ont réussi à émigrer, mais leur vie n’est guère plus rose en Scandinavie. « Je me demande si ce roman aidera à briser les préjugés qui prévalent contre les musulmans danois ou s’il ne favorise pas plutôt le racisme dans notre propre société », poursuit Peter Nielsen. En tout cas, il constitue, selon lui, « une sorte de thérapie de choc qui peut ouvrir les yeux […] et nous aider à aller plus loin ­ensemble ». « Ne pouvons-nous pas convenir que ce n’est pas du racisme que de critiquer une culture patriarcale qui bat, viole, opprime et dégrade les femmes ? » s’interroge à son tour Berlingske, répondant implicitement à la question. Pour le quotidien conservateur Jyllands-Posten, si le livre de Sara Omar est « courageux et important », « il se distingue moins par ses qualités littéraires que par sa contribution à un débat de société ». 

LE LIVRE
LE LIVRE

La Laveuse de morts de Sara Omar, traduit du danois par Frédéric Fourreau, Actes Sud, 2020

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