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1913, saison 2

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Le journaliste Florian Illies poursuit son enquête sur l’année précédant le début de la Première Guerre mondiale.

Ce fut l’essai le plus vendu en Allemagne en 2012 : 650 000 exemplaires écoulés, des traductions dans 28 langues… 1913. Chronique d’un monde disparu (Piranha, 2014) se voulait le feuilleton d’une année qui, contrairement à la suivante, n’avait pas fait date. Le journaliste Florian Illies y réinventait une façon de rendre compte de l’histoire par le ­petit bout de la lorgnette et sur le ton de la conversation, loin des grandes considérations globalisantes, à travers des détails, des aperçus surprenants concernant une myriade de grandes figures de l’époque. Le voilà qui récidive sur la même année. Dans un entretien au quotidien Schaumburger Nachrichten, Illies compare sa démarche à celle d’un auteur de romans policiers : « Même décor, même commissaire mais nouvelle enquête. » Et d’assurer que, dans ce deuxièm
e opus, « tout est nouveau : l’eau chaude, la tasse et même le thé. » De fait, les critiques ont été plutôt conquis : « On s’émerveille, en le lisant, de toute cette matière qui lui restait », note Michael Gotthelf dans le quotidien zurichois Neue Zürcher Zeitung. Comme le précédent, l’ouvrage accorde une place prépondérante au monde culturel et intellectuel. « Nous croisons Albert Einstein à Zurich, accompagnons ­Hermann Hesse à Berne chez le dentiste, séjournons avec Maxim Gorki à Capri, voyons Thomas Mann à Munich et Coco ­Chanel à Paris. Illies met tout cela en scène comme une danse sur un volcan qui, un an plus tard, avec la Première Guerre mondiale, va entrer en éruption, sans que la plupart de ses protagonistes en aient le moindre soupçon », poursuit Gotthelf. Le poète Gerhart Hauptmann, qui a reçu le prix Nobel de litté­rature l’année précédente, se demande « comment continuer à vivre sur la terre sordide après avoir connu l’Olympe ». Le ­ténor italien Enrico Caruso est devenu « très, très gros depuis que sa femme Ada s’est enfuie avec son chauffeur ». Quant à l’écrivain Arthur Schnitzler (qui était également médecin), il « s’occupe de son patient le plus difficile : le présent. » Dans ce second volet, Illies en profite pour rattraper des lacunes du premier : Proust y appa­raissait à peine, alors que 1913 est l’année où il fait paraître Du côté de chez Swann. Transparaissent aussi des débats qui n’auraient peut-être pas eu lieu d’être avant 2015 et l’accueil en Allemagne d’un million de réfu­giés : ­ainsi apprend-on que, en 1913, la marque de cigarettes la plus vendue outre-Rhin se nommait Moslem (« musulman ») – la preuve, remarque Illies, que ­l’islam fait bien partie de l’histoire allemande.
LE LIVRE
LE LIVRE

1913. Was ich unbedingt noch erzählen wollte de Florian Illies, S. Fischer Verlag, 2018

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