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Ci-gît La Mecque

Une nouvelle histoire de la ville sainte dénonce la destruction de son cœur historique par les autorités saoudiennes.

 

Ce n’est pas le moindre des exploits accomplis par la dynastie des Saoud. En un demi-siècle, les maîtres de la péninsule Arabique ont réussi à détruire la ville la plus sainte de l’islam. Et ils l’ont fait en toute impunité. Alors que le dynamitage de Palmyre par l’État islamique provoque un tollé partout dans le monde, la vieille ville de La Mecque et ses trésors architecturaux ont pu être réduits en poussière sans que personne ne s’en émeuve. Dans le dernier chapitre de son Histoire de La Mecque, Ziauddin Sardar raconte comment, au nom du wahhabisme, les Saoud ont éradiqué le riche passé d’une ville dont ils étaient censés être les gardiens. « Des sites d’une valeur historique inestimable, comme la mosquée de Bilal, qui remonte à l’époque du Prophète, ont été rasés, rappelle Justin Marozzi dans le Spectator. La maison de l’épouse adorée de Mahomet, Khadidja, a été remplacée par des toilettes publiques. Culminant à 601 mètres au-dessus de la Mosquée
sacrée, mélange profane de Big Ben et de Las Vegas, la Makkah Royal Clock Tower a enseveli à peu près 400 sites culturels et historiques d’importance. Le clergé saoudien envisage de démolir jusqu’à la maison du Prophète par peur que les musulmans ne se mettent à vénérer Mahomet au lieu d’Allah. Et quiconque cherche la maison d’Abou Bakr, le plus proche compagnon du Prophète et le tout premier calife, trouvera à la place le Makkah Hilton. » Sardar est né au Pakistan et a été formé à Londres. C’est aujourd’hui l’un des intellectuels musulmans les plus en vue outre-Manche. Avant cet ultime chapitre, où il regrette que La Mecque ait été transformée en une sorte de Las Vegas de l’islam, il raconte en détail le passé de cette ville unique : au centre de l’islam et en même temps trop excentrée, enclavée et marginale, pour avoir jamais été la capitale d’un des grands empires musulmans, La Mecque a toujours vécu des subsides que lui rapportaient les pèlerinages et des dons qui affluaient de l’ensemble du monde islamique. Elle n’a jamais fondé de grande bibliothèque, d’université, d’hôpital. Elle n’a jamais joui du dynamisme et du cosmopolitisme de Damas, Bagdad ou Istanbul. « Aucune des grandes réalisations de la civilisation musulmane dans les arts et les sciences, de l’architecture à l’astronomie, de la physique à la philosophie, n’est venue de La Mecque, note Marozzi. Elle est toujours restée insulaire, fermée et chauvine. » Il faut dire que, dès la fin du VIIe siècle, la ville fut interdite aux non-musulmans (alors que, du temps de Mahomet et des premiers califes, on pouvait encore y croiser des juifs, des chrétiens et des zoroastriens). Une interdiction toujours en vigueur, même si elle n’a pas empêché une poignée d’aventuriers européens, bons arabophones, comme John Lewis Burckhardt ou Richard Francis Burton, d’y pénétrer sous un déguisement de pèlerin. Ultime manifestation de son conservatisme viscéral : l’esclavage n’y fut aboli qu’en 1962.
LE LIVRE
LE LIVRE

Histoire de La Mecque de Ziauddin Sardar, Payot, 2015

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