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Comment Barack a forgé Obama

Une biographie magistrale retrace l’ascension et les jeunes années du plus improbable des présidents américains.

Que serait une biographie sans quelques détails croustillants ? Les petites indiscrétions dont David Maraniss a parsemé sa biographie de Barack Obama ont été tellement reprises par la presse américaine au moment de sa parution qu’elles ont pu donner « l’impression d’un livre grivois et déloyal », relève T. J. Stiles dans le Washington Post. Coupables : les passages reproduits du journal intime d’une ex-petite amie et les souvenirs potaches des membres d’un « gang de la fumette » auquel appartenait le futur président lorsqu’il était au lycée. Mais l’intérêt d’un livre de Maraniss ne saurait se réduire à une poignée d’anecdotes. Ce vieux briscard du journalisme politique, lauréat du Pulitzer, avait déjà consacré à Bill Clinton une biographie qui fait autorité. Cette fois, il s’est lancé dans un véritable travail de bénédictin (350 entretiens, une montagne de documents) pour reconstituer la jeunesse du 44e président des États-Unis (le livre s’achève avec l’entrée de Barack Obama à la faculté de droit de Harvard, bien avant ses débuts en politique). Comme le relève Jonathan Karl dans le Wall Street Journal, cette première période a été relativement « peu explorée » par les biographes. On connaît essentiellement ce qu’en a écrit Obama lui-même dans Les Rêves de mon père, son autobiographie publiée en 1995, devenue un bestseller international. Or, note Karl, il s’ag
it d’« un guide peu fiable sur ce qui s’est exactement passé dans les premières années de sa vie ». L’intéressé n’a-t-il pas lui-même reconnu qu’il avait par moments joué avec la chronologie, changé des noms et « ramassé » différents personnages en un seul pour les besoins de la narration ? En journaliste rigoureux, Maraniss s’attache donc à rétablir les faits jusqu’au moindre détail : le père du petit Barack n’a pas quitté Hawaii en 1963, mais en juin 1962 ; Genevieve Cook (la femme au journal intime, qu’Obama avait évoquée dans ses Mémoires sans la nommer) a « les yeux noisette mouchetés de brun, et non de vert » ; et jamais il n’y eut entre eux de dispute à la sortie d’un théâtre… Une minutie à la limite du tatillon qui n’empêche pas Maraniss de placer la destinée d’Obama dans une perspective à donner le vertige. Qui pouvait imaginer au début des années 1970, lorsqu’il était écolier à Honolulu, à peine rentré d’Indonésie où vivait sa mère, que cet enfant métis, fruit des amours passagères d’un Kényan et d’une Américaine, accéderait un jour à la fonction suprême ? Touche par touche, Maraniss dénoue « l’enchevêtrement d’accidents, d’ambitions, d’incompréhensions, de volontés farouches, de heureux hasards et de conséquences inattendues » qui ont fait qu’Obama est devenu Obama. Et il remonte loin, très loin, se souvenant par exemple qu’un jour de 1935, sur une route du Kansas, quatre jeunes gens sont morts carbonisés dans leur voiture après avoir percuté un camion. Un certain Stanley Dunham aurait dû se trouver avec eux ce soir-là, mais sa grand-mère lui demanda au dernier moment de rester à la maison. Dunham aurait un jour un petit-fils : Barack Obama. Si Maraniss croit « à la beauté et, en un sens, à l’innocence du hasard », comme l’écrit un critique du New Yorker, il montre aussi très bien comment « Obama fut l’auteur de sa propre vie – un outsider qui, dans la plus pure tradition américaine des héros littéraires à la Gatsby, “s’est élevé” et a forgé son identité à travers une succession de choix conscients et délibérés », note Michiko Kakutani dans le New York Times. Même au cœur de ce que certains appellent ses « années sombres » à New York – lorsque, durant et au sortir de ses études à Columbia, il se perdait en introspections, hésitant sur la voie à suivre et le sens à donner à son histoire –, Obama esquissait déjà dans une lettre ce qui serait plus tard sa ligne politique (sa posture « post-partisane », comme l’appelle Karl) : « Sans classe, sans structure et sans tradition sur lesquelles m’appuyer, le choix s’impose en quelque sorte à moi de prendre un chemin différent. La seule façon de dissiper mon sentiment d’isolement consiste à absorber chaque tradition et chaque classe ; à les faire miennes et à me faire leur. »
LE LIVRE
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Il était une fois Barack Obama de Tout le savoir de la forêt, Simon & Schuster

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