Daniel Zagury : « Le psychopathe n’est pas un malade mental »
par Daniel Zagury

Daniel Zagury : « Le psychopathe n’est pas un malade mental »

Seul le tueur en série submergé par la psychose peut être considéré comme un malade mental. Mais il est l’exception. Chez la plupart, c’est le pôle psychopathique ou le pôle pervers qui domine. Ils ont la liberté de faire le mal ou de ne pas le faire.

Publié dans le magazine Books, mai 2013. Par Daniel Zagury
Daniel Zagury est un psychiatre et psychanalyste installé dans la région parisienne. Expert auprès de la cour d’appel, il a été amené à rencontrer de nombreux tueurs en série français. D’où vous est venu votre intérêt pour les tueurs en série ? D’un traumatisme. Je suis psychiatre, et j’avais été amené dès le début de ma carrière à mener des expertises médico-légales. J’avais rencontré des meurtriers. Mais personne comme Julien (je tiens à préserver son anonymat). Il avait assassiné trois personnes, dans des conditions atroces. Il avait, en particulier, tué un vieux monsieur qu’il aimait beaucoup. Il lui avait tranché la tête, qu’il avait ensuite posée sur une étagère puis promenée dans son sac à dos. Discuter avec lui a été un choc. J’ai eu le sentiment de me trouver devant le diable en personne. Depuis, j’ai été appelé à expertiser une douzaine de tueurs en série, au profil varié. Que vous a inspiré la lecture de l’article des criminologues américains Fox et Levin ? Ce ne sont pas des psychiatres. Leur démarche consiste à critiquer une conception somme toute assez caricaturale et réductrice du phénomène des tueurs en série. L’exercice est un peu facile. Cela dit, ils soulignent des points importants. En particulier, la grande diversité des profils, et le rôle fondamental du clivage, ce qu’ils appellent la « compartimentation. » Peut-on distinguer entre différents types de serial killers ? Malgré leur grande diversité, oui sans doute. Certains ont un QI élevé, comme Michel Fourniret, d’autres un QI faible comme Francis Heaulme. Du point de vue de l’organisation de la personnalité, il y a ceux qui ont l’air de commettre leurs crimes pour des motifs utilitaires, comme Landru pendant la Première Guerre mondiale ou le docteur Petiot pendant la Seconde (lire Books, octobre 2012), ceux qu’on appelle les criminels sexuels comme Guy Georges ou Michel Fourniret, que j’ai expertisés, ceux qui balbutient honteusement ce qu’ils ont fait, comme Guy Georges, ceux qui l’étalent avec fierté, comme Michel Fourniret. On peut énumérer d’autres catégories. Mais le spectre est beaucoup plus étroit que pour les personnes qui commettent un crime unique. La plupart des humains peuvent commettre un meurtre isolé. Ce qui caractérise le tueur en série, c’est justement la répétition, qui devient une modalité centrale de l’existence. D’après la quasi-totalité des auteurs, les tueurs en série sont des psychopathes. Mais la psychopathie n’est pas propre aux serial killers. Indépendamment de la répétition, y a-t-il des traits qui les distinguent ? Une chose me frappe dans le texte de Fox et Levin : leur grille est descriptive, ils n’ont pas vraiment de modèle explicatif. Leur article se termine d’ailleurs sur un constat d’échec. Je ne crois pas qu’on puisse réfléchir efficacement au problème des tueurs en série sans se référer à un modèle. Ce fut l’une des originalités de la clinique française de savoir proposer des schémas psycho-dynamiques et c’est malheureusement une tradition qui se perd. Concernant les tueurs en série, j’ai développé un modèle assez simple, mais qui me semble rendre compte de la diversité des cas. En quoi consiste ce modèle ? Les tueurs en série que j’ai observés et ceux sur lesquels je me suis renseigné possèdent toujours trois composantes, d’intensité variable selon les individus. Ce sont trois pôles dont l’un est dominant : un pôle psychopathique bien sûr, mais…
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