Le site est en chantier pour vous permettre de retrouver toutes vos fonctionnalités.

Ce que nous devons aux bêtes

Les animaux domestiques ont rendu bien des services à l’humanité. Sans en être toujours récompensés.

 


Chiens, chèvres, moutons, cochons, taureaux, ânes, chevaux et chameaux ont été domestiqués pendant une période s’étendant de 13000 à 2500 avant notre ère. À l’échelle de l’histoire humaine, ce fut donc un processus rapide, qui a marqué ce qu’on a appelé « la révolution du néolithique ». Le loup, ancêtre incontesté du chien (avec peut-être une espèce intermédiaire, le loup-chien), fut la première espèce apprivoisée. Mais est-ce l’homme qui a domestiqué le loup ou l’inverse ? se demande Brian Fagan dans sa Grande Histoire de ce que nous devons aux animaux. Les loups ont dû se rapprocher volontairement des hommes, auxquels ils ont communiqué leur technique de chasse (par encerclement) et leur organisation sociale, hiérarchique et familiale.

Pour les autres espèces, la ­domestication a été l’affaire de quelques générations à peine. On a vite découvert que « l’instinct de troupeau » (qui opère à partir de quatre individus) permettait de garder sous la main des réservoirs de viande et de lait capables de nourrir de grandes communautés, même lors des sécheresses. Les bovins procurent de surcroît du fumier et une force de traction : l’agriculture leur doit ses vrais débuts. Aux ânes, chevaux et chameaux, nous sommes redevables de l’émergence des relations commerciales et culturelles. Mention spéciale pour les chevaux, à l’origine de stratégies qui ont permis de conquérir des empires mais aussi de les parcourir (à raison de 60 kilomètres par jour) et de les administrer.

De ces services insignes, les animaux domestiques ont été inégalement récompensés. Affec­tion pour les chiens. Divinisation des bovins par certaines peuplades, qui entretiennent parfois avec eux une « relation obsessionnelle ». Brutalité et mépris pour les ânes, pourtant si utiles dans les pays arides. Dressage raffiné pour les (bons) chevaux, réservés aux aristocrates, qui nouaient avec eux de réels partenariats et les traitaient mieux que leurs palefreniers. ­Jadis, la frontière animal-homme était d’ailleurs assez floue : un bon cheval valait sept ânes ou trente femmes ; et, pour Strabon, les montagnards corses étaient de véritables bêtes.

Mais, écrit John Carey dans The Sunday Times, « l’histoire ­humaine est celle d’une explo­itation et d’une marchandisation croissantes des animaux domestiques », réduits à leur fonction alimentaire ou mécanique (le cheval-vapeur !). « La nature a destiné les animaux à la nourriture et à l’usage de l’homme », disait Aristote, et le christianisme sera encore plus anthro­pocentrique. Avec l’élevage, l’agriculture et la civilisation, l’humanité a-t-elle vraiment gagné ? Certains, comme Rousseau, en ont ­douté : « Ce sont le fer et le blé qui ont civi­lisé les hommes, et perdu le genre humain. » Ce qui est certain, c’est que les bêtes qui ont permis le transport du fer et la culture du blé ont été, elles, clairement ­perdantes.

LE LIVRE
LE LIVRE

La Grande Histoire de ce que nous devons aux animaux de Brian Fagan, Vuibert, 2017

SUR LE MÊME THÈME

En librairie Douceur mortifère
En librairie Un bon fond
En librairie Sous la glace

Aussi dans
ce numéro de Books

Booksletter,
c'est gratuit !

Retrouvez gratuitement la Booksletter
chaque samedi matin dans votre boîte email.