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Dieu est une femme

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Publié à compte d'auteur, un petit roman sur le sens de la foi ébranle le monde de l'édition: deux millions d'exemplaires vendus.

Un homme appelé Mack rencontre Dieu dans une remise. Le Tout-Puissant est une grosse femme noire appelée « Papa » : « Apparaître à toi sous la forme d’un grand-père blanc à longue barbe ne ferait que renforcer tes stéréotypes religieux », explique-t-elle. Jésus est petit et moche, le Saint-Esprit est chinois.
Sorti aux États-Unis en 2007, The Shack est « le » livre dont on parle outre-Atlantique depuis dix-huit mois. Initialement refusé par une trentaine de maisons d’édition, finalement publié à compte d’auteur, l’ouvrage s’est déjà vendu à plus de deux millions d’exemplaires dans le monde. Il est numéro un sur la liste des bestsellers du New York Times depuis le 8 juin 2008. « Les forums de discussion sur Internet débordent de déclarations larmoyantes des fans discutant de la façon dont The Shack a transformé leur vie », rapporte la rédactrice en chef adjointe de l’hebdomadaire britannique The Spectator, Mary Wakefield. « Ce livre a ouvert mon cœur comme jamais je ne l’aurais cru possible », s’exclame Ccshaked. « A
vez-vous jamais aimé un livre au point d’être persuadé qu’il a été écrit spécialement pour vous ? » demande Heavyheart20.
Comment expliquer ce phénoménal, cet inexplicable succès ? Pour la journaliste britannique, l’explication tient à « l’appétit sans limite des Américains pour l’auto-édification spirituelle : plus c’est horriblement sucré, mieux c’est ». Pourtant, si la virtuosité littéraire est loin d’être au rendez-vous, le livre se révèle tout de même d’une « surprenante efficacité », confesse-t-elle. Il répond à un nouveau désir de spiritualité sans Église, de transcendance délivrée des carcans de l’orthopraxie religieuse, avec ses règles d’observance strictes et son devoir d’obéissance. « Telle est l’autre raison de ce succès : l’hostilité déclarée de William Young à l’égard de la religion organisée. » À l’heure où l’Église anglicane se divise entre ailes libérale et conservatrice, ce genre d’histoire est séduisant. « Je crois sincèrement que religion et relation à Dieu s’opposent, affirme William Young. Peu importe la religion dont il s’agit, si vous avez toute une série de règles de comportement à suivre, ce n’est pas la bonne voie. Dieu, ce n’est pas ça. Dieu, c’est la relation aux autres. »
L’édition britannique de The Shack est sortie en août dernier (Hodder & Stoughton). « La Grande-Bretagne est un pays séculier, avertit Mary Wakefield. Vous ne pouvez pas espérer vendre un million d’exemplaires de ce livre en Angleterre. Nous avons ici des explications “rationnelles” pour tout, comme l’écrit le théoricien de l’évolutionnisme Richard Dawkins dans The God Delusion [« Pour en finir avec Dieu »]. » Young, lui, croit dur comme fer à l’universalité de son message : « N’en déplaise à Dawkins, la majorité de l’humanité a le sens de la transcendance. Mettre son cœur sur la voie de l’authenticité, tel est le message de The Shack et il est aussi pertinent en Grande-Bretagne qu’aux États-Unis. » Début janvier,  The Shack n’était encore sur aucune liste de bestsellers outre-Manche…
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