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Edison à la recherche de l’au-delà

À la fin de sa vie, le grand inventeur Thomas Edison avait un nouveau projet : mettre au point une machine à communiquer avec les morts, le « nécrophone ». Projet fou d’un vieillard à la veille du trépas ? Peut-être. Mais les pages qu’il lui consacre dans son autobiographie témoignent aussi d’un esprit scientifique en marche, désireux de tester les limites de la science à une époque où elles ne cessaient d’être repoussées.

Il m’a toujours paru particulièrement absurde d’espérer que les « esprits » veuillent bien perdre leur temps à faire joujou avec des objets aussi grossiers, aussi peu scientifiques que des tables, des chaises ou un jeu de lettres. Pour ma part, je crois seulement ceci : si jamais nous devons arriver à résoudre la question d’une survie éventuelle après la mort ou, d’une manière plus générale, le problème des manifestations de l’au-delà, il faudra placer le spiritisme sur une base scientifique, comme nous l’avons fait, par exemple, pour la chimie, et écarter définitivement les charlatans et les « médiums ».

Pour contribuer à la solution de ce problème, je me suis efforcé – et je continue mes efforts – de fournir au chercheur scientifique (dans ce domaine, je dirais plutôt non-scientifique) un appareil qui, à l’instar des services rendus au marin par la boussole, lui permette justement d’entreprendre des expériences strictement scientifiques. La meilleure manière de décrire mon appareil serait, peut-être, de le comparer à une sorte de valve. Tout comme un microphone amplifie plusieurs fois le volume et la portée de la voix humaine, ma « valve » amplifie énormément la force, de quelque nature qu’elle soit, qui s’exerce sur l’appareil, de façon à permettre l’étude du phénomène qui a donné naissance à cette force. Mon invention est conçue suivant le principe des valves minuscules qui, dans une centrale électrique moderne, permettent de libérer, par une simple pression du doigt, une énergie de cent mille chevaux- vapeur.

Évidemment, je ne prétends nullement pouvoir prouver que la personnalité survit à ce que nous appelons « la mort ». Je prétends simplement ceci : toute manifestation d’énergie qui atteint mon appareil se trouvera amplifiée plusieurs fois, et quelle que soit sa faiblesse originale, elle sera multipliée suffisamment pour être perceptible.

Pour parler franchement, je n’accepte pas les théories actuelles sur la vie et la mort. Je crois – j’ignore bien entendu si j’ai raison ou tort – que la vie est, en réalité, indestructible, qu’il a toujours existé, sur cette planète, une quantité déterminée, immuable, de vie : c’est-à-dire une quantité qu’on ne peut ni augmenter ni diminuer. Mais ceci ne signifie nullement qu’à mon avis nous ayons réussi à prouver la survie de la personnalité, tout au moins pas jusqu’à présent. Peut-être y arriverons-nous un jour. Peut-être un appareil construit suivant le principe de ma «valve» nous fournira-t-il cette preuve, mais ce jour-là est encore loin, et en ce qui me concerne, je n’ai pas encore obtenu des résultats susceptibles de fournir une preuve définitive d’une telle survie.

En revanche, je crois que notre corps est constitué par des myriades d’unités de vie. Ce n’est pas notre corps qui est lui-même l’unité de vie ou une unité de vie. Ce sont des entités infinitésimales – peut-être nos cellules – qui sont les unités de vie.

Chaque chose appartenant à la vie est elle-même vivante et ne peut être détruite. Chaque chose appartenant à la vie reste soumise aux lois de la vie animale. Nous possédons des myriades de cellules, et ce sont les habitants de ces cellules – des habitants trop petits pour être décelés sous le microscope – qui vitalisent et « gouvernent » notre corps.

Pour m’exprimer autrement, je crois que ces « unités-vie » dont je viens de parler se groupent d’elles-mêmes, par millions et milliards, afin de former un être humain. Nous avons supposé avec trop de facilité que chacun de nous représente une unité de vie, et que chaque animal, chien, vache ou cheval, constitue également une unité de vie. À mon avis, cette conception est archifausse. Comme les véritables « unités-vie » sont trop petites pour être visibles même à l’aide du microscope le plus puissant, nous avons cru que l’unité de vie est l’homme ou l’animal qui, eux, sont parfaitement visibles, et nous avons ignoré l’existence des unités réelles – celles que nous ne pouvons voir.

Rien ne s’oppose à ce que ces minuscules entités exécutent toutes les besognes, pourtant très variées, du corps humain. J’ai fait procéder à certains calculs dont les résultats ne contredisent nullement mon opinion ; d’autre part, la théorie des électrons me paraît très vraisemblable, et d’après cette théorie, il est parfaitement possible qu’une entité aussi complexe et aussi développée que le corps humain soit formée, en réalité, de myriades d’électrons invisibles.

De plus, je crois que ces unités-vie possèdent le don de la mémoire. Si un homme se brûle la main, la peau repoussera en suivant exactement le même dessin, et elle reproduira avec une précision infaillible les lignes qui sillonnaient la main avant l’accident. Or, ces centaines de lignes, souvent extrêmement fines, ne pourraient pas être reproduites aussi méticuleusement, si cette « reconstruction » n’était pas basée sur une mémoire qui conserve fidèlement les moindres détails. Ce n’est pas « par hasard » que la peau se reforme de cette façon et en suivant exactement le même dessin. Le hasard, cela n’existe pas.

Mais ceci nous amène à une autre question : est-ce que ces unités-vie, ou ces entités, possèdent la même mémoire, ou y en a-t-il quelques-unes qui seraient, si l’on peut s’exprimer ainsi, simplement des ouvriers, sans aucune initiative, tandis que d’autres dirigeraient ces ouvriers ?

Il est possible que la plupart de ces entités soient des ouvriers, obéissant aux ordres d’une petite minorité de dirigeants. En ce qui concerne ce point particulier, nous sommes encore obligés de nous contenter d’hypothèses.

Par contre, on peut affirmer avec une quasi-certitude que ces entités sont indestructibles, et qu’il en existe un nombre déterminé. Elles peuvent s’assembler et se rassembler en des milliers de formes différentes, allant de l’étoile de mer à l’homme, mais ce sont toujours les mêmes entités.

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Jusqu’à présent, nous ne sommes pas encore en mesure de délimiter avec précision le domaine de « la vie ». Même dans la formation des cristaux, nous assistons à l’exécution systématique d’un plan nettement déterminé. Certaines solutions se déposent toujours en des cristaux d’une forme particulière, immuable. Il n’est pas impossible que les entités-vie jouent, dans le règne minéral et végétal, un rôle analogue à celui qu’elles jouent dans ce que nous appelons le règne « animal ».

En ce qui concerne le problème de la survie, le point essentiel est le sort des « entités-maîtresses » – celles qui dirigent les autres. Grâce à quatre-vingt-deux opérations remarquables du cerveau humain, la médecine a pu prouver définitivement que le siège de notre personnalité se trouve dans une partie du cerveau connue sous le nom de « circonvolution de Broca ». Il est permis de supposer que les entités-maîtresses résident dans cette circonvolution. Tout le problème peut donc être réduit, en somme, à la question de savoir ce que deviennent ces entités après la mort de l’individu, c’est-à-dire lorsqu’elles abandonnent le corps.

De deux choses l’une : ou bien les entités-maîtresses restent ensemble après la mort du corps qu’elles ont habité, ou bien elles se dispersent pour errer à travers l’univers. Si elles se séparent, cessant ainsi de former un ensemble, cela signifie, à mon avis, que notre personnalité ne survit pas à la mort ; ou, pour m’exprimer autrement, que nous ne survivons pas en tant qu’individus.

On peut même aller plus loin dans cette voie : si, après la mort d’un être humain, les entités-maîtresses se dispersent, il s’ensuit que la vie éternelle en laquelle tant d’hommes espèrent avec ferveur ne saurait être la vie éternelle et la permanence de l’individu en tant que tel, mais seulement une survie impersonnelle – car, quel que soit le sort des entités-vie, il est tout au moins certain qu’elles-mêmes sont immortelles.

Pour ma part, j’espère que la personnalité survit à la mort. Et si, réellement, nous continuons à exister au-delà de la tombe, alors mon appareil, avec sa sensibilité extraordinaire, nous fournira peut-être un jour la preuve de cette existence permanente et, par conséquent, de notre vie éternelle.

Ce texte est extrait du Royaume de l’au-delà, de Thomas Edison. Il a été traduit par Max Roth.

LE LIVRE
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Le Royaume de l’au-delà de Edison à la recherche de l’au-delà, Editions Jérôme Millon

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