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Les empires ne meurent jamais

L’historien britannique Robert Gildea s’attache à relier certains phénomènes récents – le djihadisme, le Brexit… – au passé impérial de la Grande-Bretagne et de la France.


© Swim Ink 2 / Corbis / Getty

« Ensemble ». Le Royaume-Uni défile sous l'Union Jack avec ses possessions et ses anciennes colonies sur cette affiche de la Seconde Guerre mondiale.

« Les empires du futur seront des empires de l’esprit » affirmait Winston Churchill dans un discours prononcé le 6 décembre 1943 à l’université Harvard. La Seconde Guerre mondiale faisait alors rage, et le Premier ministre britannique entendait célébrer par ces mots la coopération anglo-américaine. L’historien britannique Robert Gildea prend les choses un peu à l’envers dans L’Esprit impérial en montrant comment les empires ont été imaginés, idéalisés et, surtout, sans cesse réinventés. « L’un des plus grands mérites du livre est d’actualiser l’histoire comparée des empires britannique et français en prolongeant le récit au-delà de la décolonisation jusqu’à notre époque de mondialisation », pointe l’historienne Alice Conklin dans H-France Review, une revue de spécialistes anglophones de l’histoire de France.

 

En bon professeur d’histoire contemporaine, Robert Gildea s’attache à relier certains phénomènes récents – le terrorisme islamiste, la montée des nationalismes, le Brexit – au passé impérial de la Grande-Bretagne et de la France. Et son constat est sans appel : chassez l’impérialisme par la porte, il revient par la fenêtre. L’esprit impérial n’a pas disparu pas avec l’indépendance des colonies, et tandis que, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la France s’attache à la promotion de la Françafrique, la Grande-Bretagne s’assure de son influence sur les pays du Commonwealth.

 

Pour preuve de la persistance de cet incurable esprit impérial, Gildea évoque la participation de Londres à la « guerre contre le terrorisme » menée en Afghanistan et en Irak à la suite des attentats du 11 septembre 2001, qu’il qualifie de campagne néo-impérialiste. L’essor du ­djihadisme ? Un « retour de bâton colonial », estime l’historien. « Gildea pourfend les innombrables récits de légitimation de la domination impériale qui ont contribué, à l’époque coloniale comme après la décolonisation, à perpétuer le racisme et l’islamophobie. Pour ceux qui continuent à soutenir que les empires coloniaux ont fait plus de bien que de mal, cela risque d’être difficile à entendre », prévient l’historienne Elizabeth Buettner dans The Times Literary Supplement.

 

Gildea analyse un autre bouleversement récent au prisme de l’histoire coloniale : le Brexit. La Grande-Bretagne n’a rejoint la Communauté économique européenne qu’en 1973, rappelle l’historien. Si elle est restée si longtemps en marge du projet de construction européenne, c’est parce qu’elle voyait dans l’Europe une compensation médiocre à la perte de l’empire, voire une menace pour ses liens privilégiés avec le Commonwealth. Le Brexit, censé permettre de « reprendre le contrôle » et redonner sa puissance à la Grande-Bretagne, n’est rien d’autre que le retour, par la fenêtre, du bon vieux ­fantasme de l’empire.

LE LIVRE
LE LIVRE

L’Esprit impérial. Passé colonial et politiques contemporaines de Robert Gildea, traduit de l’anglais par Simon Duran, Passés composés, 2020

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