Et le foot créa l’Afrique
par Delphine Veaudor

Et le foot créa l’Afrique

À la veille de la Coupe du monde qui s’ouvre le 11 juin en Afrique du Sud, l’historien Peter Alegi rappelle l’importance du football dans la trajectoire du continent. Les Africains se sont très vite approprié ce jeu importé par les colons, le chargeant d’un sens propre, en faisant un tremplin des nationalismes, du panafricanisme ou des affirmations ethniques. Aujourd’hui, le foot est le parfait miroir des rapports de l’Afrique au monde.

Publié dans le magazine Books, mai-juin 2010. Par Delphine Veaudor
  Peter Alegi enseigne l’histoire à l’université d’État du Michigan. Spécialiste du football, il est aussi l’auteur de Laduma! Soccer, Politics, and Society in South Africa (« Laduma ! Football, politique et société en Afrique du Sud »), University of KwaZulu-Natal Press, 2004. Aucun de ses livres n’est traduit en français.   Le football a débarqué en Afrique dans les bagages de la colonisation. A-t-il rempli sur le continent les mêmes fonctions sociales qu’en métropole ? Peter Alegi : On trouve trace des premiers matchs de football dès 1862, en Afrique du Sud. Ils étaient disputés entre des Britanniques « de souche » et des Blancs nés sur place. D’une façon générale, les agents de l’impérialisme européen faisaient du sport entre eux, pour se distraire, mais s’en servaient aussi comme d’un outil de civilisation. Le football est à la fois facile à apprendre, amusant et bon marché. Les enseignants et missionnaires européens s’en sont donc servis pour porter le « fardeau de l’homme blanc », selon la célèbre formule de Rudyard Kipling. C’est-à-dire pour enseigner aux convertis africains et aux sujets coloniaux les vertus du christianisme, du capitalisme et de la civilisation occidentale. Considéré comme un moyen de promouvoir l’esprit d’équipe, et par là même, pour reprendre les termes de l’historien Ahmed Sikainga, d’« intérioriser les normes et les valeurs de l’industrie », la pratique du football était par exemple encouragée au sein des premières compagnies de chemin de fer. Les responsables des sociétés minières y voyaient également un moyen d’exercer une forme de contrôle social, en incitant leurs…

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