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Hollywood et le Reich

« Faute de courage et d’imagination […], Hollywood a mis du temps à comprendre la véritable signification du nazisme », constate dans son dernier livre l’historien du cinéma Thomas Doherty. Comme le rapporte Dave Kehr dans le New York Times, jusqu’à la veille du conflit, les grands studios « ont pris grand soin de ne pas faire figurer dans leurs films la moindre allusion aux développements politiques inquiétants qui avaient lieu en Allemagne ». Et pour cause : le pays représentait alors le principal débouché des productions américaines en Europe, et nul n’avait intérêt à se mettre à dos le ministre de la Propagande, Joseph Goebbels, dont les représentants devaient approuver toute œuvre destinée à la diffus
ion en Allemagne. Chose plus surprenante, la censure allemande trouva, aux États-Unis même, un relais fort efficace en la personne de Joseph I. Breen, qui avait pris en 1934 la tête de l’organisme chargé de faire appliquer le fameux « code Hays » – un ensemble de règles de bonne conduite établies par l’industrie elle-même. Arguant d’un passage selon lequel il convenait de « représenter équitablement l’histoire, les institutions, les grands hommes et les peuples de toutes les nations », les services de Breen en vinrent à imposer au cinéma une bienveillance de principe envers tous les régimes de la planète, « en particulier lorsque le pays en question constituait un marché juteux pour les exportations hollywoodiennes », précise Doherty. Georg Gyssling, consul allemand à Los Angeles, veillait lui aussi au grain, qui « se tenait étroitement informé de tous les projets de films en cours » et n’hésitait pas, selon le Times Higher Education, à se plaindre directement, en cas de besoin, auprès des responsables des studios, voire jusqu’à Washington. On notera aussi que, à l’exception de la Warner, toutes les majors qui avaient des bureaux à Berlin dans les années 1930 cessèrent d’employer des Juifs – pour se mettre en conformité avec les lois d’aryanisation. C’est ainsi que la plupart des grands studios furent en mesure de maintenir leurs activités sur place jusqu’en 1941, année de l’entrée en guerre des États-Unis.
LE LIVRE
LE LIVRE

Hollywood et Hitler, 1933-1939 de Hollywood et le Reich, Columbia University Press

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