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Ignoré : Les biais d’un printemps

Le Printemps silencieux, de Rachel Carson, est indubitablement le livre qui lança le mouvement écologiste aux États-Unis. Publié en 1962, il devint très vite un bestseller. Il est republié aux États-Unis par Elizabeth Wagley, dans le cadre du Club progressiste des livres, qu’elle a lancé à l’été 2008 « pour faire valoir les idées de la gauche ».
Ce classique de la littérature écologiste n’a jamais été traduit en français. Carson y développait une thèse devenue familière : l’industrie chimique pollue la planète. Le ton est volontiers lyrique : « Il y avait une fois au cœur des États-Unis une ville où [depuis l’installation de ses premiers habitants] toute vie semblait en harmonie avec son environnement. » Mais, depuis quelque temps, « un étrange fléau » a jeté « un sort maléfique » qui tue flore et faune, apporte la maladie aux humains et « réduit au silence la renaissance de toute vie ». Ce fléau, ce sont les produits chimiques : « Pour la première fois dans l’histoire du monde, chaque être humain est désormais exposé
au contact avec des produits chimiques dangereux, depuis
le moment de la conception jusqu’à la mort. » Elle étaye son propos d’un volumineux dossier, fourmillant de données et de chiffres. Principaux accusés : les pesticides, au premier rang desquels le DDT. Cancérigènes, ils sont des « élixirs de la mort ». Ils sont dangereux quelle que soit la dose.
Mais dans le New York Times, John Tierney, auteur d’un blog politiquement incorrect, invite à relire l’article consacré au Printemps silencieux par la revue Science peu après sa parution. Il est signé I.L. Baldwin, professeur de bactériologie agronomique à l’université du Wisconsin, qui présidait un comité de l’Académie des sciences chargé, précisément, d’étudier l’impact des pesticides sur les espèces sauvages. Baldwin salue le talent de Carson et son désir de préserver la nature, mais ce sont les seules qualités qu’il lui concède. Le livre est truffé d’erreurs de faits et de raisonnement. Carson annonce l’extinction prochaine des rouges-gorges et, chez les humains, une catastrophique épidémie de cancers. Baldwin souligne son ignorance de l’histoire des relations entre l’homme et la nature, son incompétence en épidémiologie, la façon biaisée dont elle oppose les agents chimiques naturels et synthétiques, ses partis pris dans l’exploitation de la littérature sur le DDT, dont la dangerosité pour l’homme n’a pas été établie. Bref, un cas d’école, à étudier en tant que
tel, suggère Tierney.

Rachel Carson, Silent Spring, Alexshan Books, 2002 (dernière édition disponible, avec une postface de Edward O. Wilson).

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