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La puissance trompeuse de l’armée birmane

Comment l’armée birmane, honnie de la majorité de la population, en butte à l’hostilité de minorités ethniques réfractaires au gouvernement central, a-t-elle réussi à se maintenir au pouvoir depuis près de cinquante ans ? Répression, népotisme, nationalisme ? À quelques mois des élections de mars 2010, cette équation à plusieurs inconnues laisse dubitatifs la plupart des experts. La publication d’un livre consacré à cette « Tatmadaw » (l’armée birmane) est donc un événement, estime le chercheur australien David Scott Mathieson sur le site Asia Times. D’autant que son auteur est un Birman, ancien enseignant à l’académie militaire du pays. Maung Aung Myoe « a écrit l’un des livres les plus pénétrants qui soient », affirme Mathieson. « Alors que de nombreux observateurs voient la junte comme une énigme, une bande de nationalistes xénophobes ou un ramassis d’autocrates paranoïaques de type nord-coréen, Aung Myoe traite l’armée comme une institution au f
onctionnement rationnel, avec ses propres désirs, objectifs, logiques et limites. » Résultat : malgré son côté patchwork – analyse approfondie, recueil de conjectures et catalogue d’armements –, ou peut-être grâce à ce défaut, l’ouvrage fourmille d’informations inédites, parfois distillées à l’insu de l’auteur. Après avoir montré à quel point la doctrine militaire birmane est fondée sur la contre-insurrection, en raison des rébellions ethniques ayant marqué l’histoire du pays, le livre donne à voir une société tout entière placée sur le pied de guerre par le ministère de la Défense. « La croissance des forces auxiliaires et des organisations d’aide sociale comme l’Association pour le développement et la solidarité de l’Union, qui compterait vingt-cinq millions de membres (la moitié de la population), a été considérable ces dernières années, remarque Mathieson. […] La paramilitarisation croissante de la société est l’un des phénomènes les plus préoccupants, quand les membres de la famille des militaires (en particulier leurs femmes) sont contraints de suivre un entraînement rudimentaire. » Mais cette emprise de l’armée sur l’organisation sociale n’est pas un signe de force, au contraire. Lu entre les lignes, l’ouvrage de Maung Aung Myoe donne aussi à voir une institution fragile. Qui prend soin de recruter des cadets dépourvus de diplômes universitaires et issus de bonnes familles rurales, non des villes contestataires ; qui est parfois incapable de fournir leurs rations aux bataillons, et les oblige à subvenir à leurs besoins en rackettant la population. Résultat : « Certains ont commencé à voir les activités commerciales de l’armée non seulement comme le moyen de faire de la Tatmadaw une institution privilégiée, mais aussi comme la voie ouverte aux profits personnels des militaires », écrit Maung Aung Myoe. Cela n’empêche pas la multiplication des désertions, remarque Mathieson. Un colosse aux pieds d’argile ?

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