Le business du bonheur

Le bonheur n’est plus un luxe. Il est un devoir, encouragé par une industrie florissante et une science douteuse.

Le bonheur fait bien des heureux : ses bénéficiaires, mais aussi tous ceux, de plus en plus nombreux, qui s’attachent à l’étudier pour mieux le promouvoir. Spécialistes du déve­loppement personnel (dont les publications ont été multipliées par dix entre 2000 et 2017), créateurs d’applis (comme ­Happify ou Headspace, téléchargée plus de 6 millions de fois), thérapeutes, coachs et autres gourous… La lucrative industrie du bonheur « pèse déjà des milliards », expliquent les chercheurs Edgar Cabanas et Eva Illouz, et l’essor de la « psychologie positive » (Martin Seligman et al.) n’est pas près d’inverser la tendance. Il est vrai qu’argent et bonheur ont, quoi qu’on en dise, partie liée. L’argent est bel et bien une condition nécessaire au bonheur – mais pas suffisante : au-­delà de 75 000 dollars de revenus ­annuels, son effet plafonne (en plus, cet effet est relatif : ce qui compte, c’est surtout d’être plus riche que le voisin). Pourtant, postule Selig­man, l’argent ne pèse, avec toutes les autres « circonstances de la vie » (la santé, l’amour, etc.), que pour 10 % dans la recette globale du bonheur. ...
LE LIVRE
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Happycratie. Comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies de Eva Illouz et Edgar Cabanas, Premier Parallèle, 2018

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