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Leçons de la taïga

Tableau saisissant des rigueurs de la vie sibérienne, ce premier roman est aussi un diagnostic social de la Russie.

Le village de Rybatchi, la ­rivière Rybnaïa : le monde décrit par Victor Remizov tourne autour des poissons – ryba en russe. Des saumons, des brochets, des ombles. On en donne certains aux chiens, on fabrique des appâts avec d’autres ; certains servent à faire de la soupe ; d’autres finissent de nouveau dans la rivière à peine éventrés pour être délestés de leurs précieuses poches d’œufs. Après la saison de la pêche vient celle de la chasse – à la zibeline essentiellement, à cause de sa fourrure, mais aussi de manière plus ponctuelle à l’élan et parfois à l’ours.

Au fin fond de l’Extrême-Orient russe, là où la Sibérie s’abîme progressivement dans le Pacifique, les rares habitants de la taïga vivent selon le cycle des saisons et des règles qui leur sont propres. C’est un petit univers qui carbure au samogon, tord-boyaux de fabrication artisanale, où tout le monde est armé, un peu barré aussi et pas vraiment bavard – si ce n’est pour proférer des bordées d’injures et quelques vérités essentielles. En Russie, ce mélange explosif se dissout – le plus souvent naturellement – dans l’immensité de la nature sibérienne, figée par le froid neuf mois sur douze.

Le modèle économique en ­vigueur dans ce monde est simple : c’est le braconnage institutionnalisé, avec d’un côté le petit peuple de la taïga et, de l’autre, les menty (les flics), qui ferment les yeux en échange des 20 % réglementaires qu’ils prélèvent sur ces trésors dont le prix ne cessera d’enfler à mesure que la marchandise se rapproche de Moscou. Tout le monde y trouve son compte, ou presque. Parce qu’il suffit d’une étincelle pour que ce schéma de corruption massive se brouille et que la ­machine étatique, aussi arbitraire que violente, s’emballe. Et c’est ce qui arrive dans ce premier roman de Victor Remizov, lorsque l’un de ses personnages se braque contre l’ordre, ou plutôt le désordre, établi. La réponse est sanglante, aveugle – et vaine. Ne nous y trompons pas, écrit le quotidien libéral Kommersant : malgré ses airs de contemplateur de la taïga, l’auteur sait ce qu’il fait. « Son roman est bien un livre sur cette révolte russe qui couve sous les cendres et qui, de temps à autre, nous explose à la figure. »

LE LIVRE
LE LIVRE

Volia Volnaïa de Victor Remizov, Belfond, 2017

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