Livre oublié – Un Montesquieu au petit pied

Livre oublié – Un Montesquieu au petit pied

À la veille de la Révolution française, un Allemand fait voyager un Français pour analyser les vertus et les faiblesses de son propre pays.

Publié dans le magazine Books, avril 2015.
L’Allemagne aussi a suscité des « Lettres persanes », sous la plume d’un certain Johann Caspar Riesbeck, qui, soixante ans après Montesquieu, a repris le procédé consistant à promener le regard faussement naïf d’un correspondant exotique sur les présumées merveilles du pays. À vrai dire, Riesbeck, le rédacteur d’une revue zurichoise, n’a pas de prétentions philosophiques : son visiteur, appelé Ries Beck (ha ha !), est une sorte d’écrivain-voyageur solitaire, pas un couple de penseurs comme Usbek et son compère Rica. Il parcourt l’Allemagne à pied dans les années 1780, du nord au sud, poussant jusqu’au Danemark, et de l’ouest à l’est, jusqu’à Vienne et même Prague. Il note les détails pratiques et partage avec son lecteur les bons tuyaux : les auberges confortables et les tables bien fournies, peu coûteuses, où les convives sont agréables. Il procède davantage en sociologue qu’en politologue, et s’intéresse à toutes les classes de la société, y compris les plus basses. Il séjourne aussi chez les grands, mais dans de chiches petites cours provinciales plutôt qu’à Versailles. Quant au style de ses lettres, c’est celui du récit hâtif, et Riesbeck s’en excuse d’ailleurs : il fait dire à son présumé voyageur qu’il regrette de n’avoir pu relire son texte pour « en corriger par-ci par-là des fautes… et au moins lui couvrir les parties honteuses d’une feuille d’une largeur convenable ». Il compense son manque d’art par la précision de ses descriptions, souvent complétées de croquis ou de données chiffrées. La recette est efficace…

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