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Malaise dans la culture

Un grand reportage littéraire sur le scandale d’agressions sexuelles qui a entaché le Nobel.


© Thron Ullberg

Dans Klubben, Matilda Gustavsson enquête sur les coulisses peu reluisantes de la scène culturelle suédoise.

En novembre 2017, un mois après le début de l’affaire Weinstein, la journaliste suédoise Matilda Gustavsson publie une ­enquête explosive dans le quotidien Dagens Nyheter. Dix-huit femmes y témoignent du harcèlement, des agressions sexuelles et des viols que leur a fait subir Jean-Claude Arnault. Ce Français établi de longue date en Suède n’est pas n’importe qui : il est le mari de la grande poétesse et académicienne Katarina Frostenson et le fondateur et directeur artistique du Forum, scène alternative très prisée de l’élite culturelle stockholmoise. Le scandale égratigne l’image du pays et plonge l’Académie suédoise, chargée de décerner le Nobel de littérature, dans une crise telle qu’elle est contrainte de reporter d’un an l’attribution du prix 2018. En décembre 2018, Arnault est condamné à deux ans et demi de prison pour deux viols.

 

Dans Klubben (« Le club »), Matilda Gustavsson ne fait pas que revisiter l’affaire. Elle approfondit son enquête pour en faire un récit de 230 pages à la première personne. « Les dix-huit femmes qui ont témoigné n’étaient que la partie visible de l’iceberg », constate le quotidien ­Aftonbladet. Comment un Marseillais « plutôt insignifiant […], arrivé à Stockholm dans les années 1970, a-t-il réussi, par son seul cabotinage, à mettre à ses pieds la moitié du monde culturel de la ville » et à « profiter de sa position de pouvoir pour s’en prendre à un grand nombre de “filles”, décennie après décennie, le plus ouvertement du monde, sans aucune honte » ?

 

Et comment a-t-il pu sévir aussi longtemps ? Parmi les explications, il y a la « peur » de se faire exclure du cercle du couple Arnault-Frostenson, la « peur » de ses coups de colère. De plus, certaines femmes « avaient envie d’être bernées », ajoute ­Aftonbladet: « Elles voulaient être séduites […], faire partie d’un monde sélect incarné par Arnault le mythomane et régenté par la “reine de la poésie”. »

 

Dans le Dagens Nyheter, l’écrivaine Majgull Axelsson voit en Klubben « l’un des meilleurs exemples de littérature de ­reportage publié en Suède », et inscrit Matilda ­Gustavsson dans la lignée de son compatriote Stig ­Dagerman, auteur notamment d’Automne allemand (Actes Sud, 2004). Matilda Gustavsson a en effet « réussi à garder la tête froide, sans jamais tomber dans un moralisme facile, lorsqu’elle dresse le portrait de Jean-Claude Arnault et de ses victimes ».

 

La lecture de ­Klubben permet de partager « l’anxiété, la tristesse, l’obstination et l’empathie » de l’auteure, note par ailleurs le quotidien Svenska Dagbladet. C’est bien elle, Matilda ­Gustavsson, « le deuxième personnage central du livre », au côté du couple aujour­d’hui tombé de son piédestal.

LE LIVRE
LE LIVRE

Klubben de Matilda Gustavsson, Albert Bonniers, 2019

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