Mariages à trois à l’italienne

Mariages à trois à l’italienne

Les sigisbées sont une spécificité de l’histoire italienne. Ces chevaliers servants n’avaient pourtant rien de libertins. Ils ont permis l’émancipation des femmes de l’aristocratie.

Publié dans le magazine Books, juin 2016.

©Musée Ca Rezzoni Venise/Aurimages/Collection Dagli Orti

Dans l’Italie du XVIIIe siècle, devenir chevalier servant offrait aux hommes célibataires (en surnombre) un rôle socialement reconnu.

« Ce n’est pas parce que quelques femmes eurent des amants mais parce qu’aucune femme ne put paraître en public sans son amant que les Italiens cessèrent d’être des hommes. » Tel était le verdict sans appel de Sismondi au sujet des sigisbées, ces « chevaliers servants » qui expliquaient selon lui tous les maux de la péninsule. L’économiste suisse n’était pas seul à s’offusquer du rôle très public de ces hommes qui accompagnaient leur dame en toute circonstance – au théâtre, dans les salons, en promenade et jusque dans la maison du mari, où ils étaient semble-t-il comme chez eux. Mais, à l’époque où écrivait Sismondi (en 1818), tout cela semblait déjà de l’histoire ancienne. Selon l’historien Roberto Bizzocchi, le phénomène des sigisbées (un néologisme forgé au XVIIIe siècle) ne dura que le temps de ce settecento et resta cantonné à une classe bien précise : l’aristocratie citadine, surtout dans le Nord. « Le sigisbéisme avait la capacité de concilier l’exigence de renouveau partagée par les élites du pays avec les impératifs de la tradition », souligne Benedetta Craveri dans la Repubblica. Les Lumières avaient fait naître en Europe de nouvelles formes de sociabilité – ce que l’on appelait « la conversation ». Les femmes se trouvaient au cœur de cet essor du « raffinement social », dont la galanterie formait la clé de voûte. Or, « à la différence de la France où les dames du beau monde pouvaient papillonner seules d’un salon à l’autre, leurs sœurs italiennes ne pouvaient sortir de la maison sans être escortées d’un cavalier. Choisi avec…

Découvrez la Booksletter !

Inscrivez-vous à la Booksletter et bénéficiez d'un mois d'abonnement Web gratuit !
Déjà abonné ? connectez-vous !
Imprimer cet article
0
Commentaire

écrire un commentaire