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Meilleures ventes en Égypte – Le charme du surnaturel

Des jeunes auteurs en vogue aux meilleurs vulgarisateurs de la mystique soufie, les Égyptiens plébiscitent les ouvrages qui parlent d’amour… et de vampires.

 

Si l’on en croit la liste des meilleures ventes de la librairie Fikra, située au cœur du flamboyant City Stars du Caire, l’un des plus grands centres commerciaux du Moyen-Orient, les lecteurs égyptiens de la classe supérieure plébiscitent les jeunes auteurs. Réimprimé trente fois, le troisième roman de l’écrivain à succès Mohamed Sadek est en tête des ventes depuis l’été 2014. L’auteur, aujourd’hui âgé de 27 ans, avait fait une entrée fracassante sur la scène littéraire en 2010 avec Taha Al-Gharib. Dans Hepta, le narrateur Osama Hafez, conseiller en développement personnel, expose au cours d’une longue conférence sa théorie sur les sept étapes de l’amour et ses désillusions, de la rencontre à la séparation.
Quant à Ahmed Mourad, 35 ans, il collectionne les succès depuis Vertigo, paru en 2007 et traduit en plusieurs langues, dont le français. Dans « L’éléphant bleu », publié en 2012 et récemment adapt&eacut

e; au cinéma, « il dissèque les mondes obscurs de la psychanalyse et des djinns », résume Al-Ahram Weekly. Un univers aux frontières du surnaturel que l’écrivain a délaissé pour la fiction historique dans son dernier ouvrage, 1919, récit de la première révolution égyptienne, lancée par Saad Zaghloul contre les Britanniques.

Autre fait remarquable de cette liste, « la percée du fantastique et de la littérature d’épouvante sur la scène égyptienne ces derniers temps », comme l’affirme l’un des adeptes du genre, l’écrivain Mohamed Esmat, 26 ans, dans un entretien au journal Houryatna. Pour l’auteur du « Subjugué », quatrième de la liste, « la jeunesse égyptienne est fascinée par ce genre, à l’instar des adolescents occidentaux » qui se ruent sur les aventures des vampires de la saga Twilight. Intitulé « La terreur », le recueil de nouvelles d’Ahmed Khaled Tewfik regorge en effet lui aussi de cadavres, de souterrains et de monstres.

Dans un registre tout à fait différent, l’horreur est aussi au cœur de Guantanamo, du romancier Youssef Ziedan. Cette fois, le lauréat du Booker arabe 2009 avec La Malédiction d’Azazel raconte comment un jeune guide touristique de Louxor finit par se retrouver prisonnier du célèbre pénitencier américain.

Enfin, impossible de ne pas noter l’attirance du lectorat égyptien pour les textes soufis, notamment ceux qui parlent de l’amour, thème central de ce courant mystique de l’islam. Ainsi trouve-t-on, au sixième rang dans cette liste, Soufi, mon amour de la romancière turque à grand succès Elif Shafak, récemment traduite en arabe, et dont la découverte profite aussi à son célèbre Crime d’honneur, en septième place. Dans la même veine, « Les mers de l’amour chez les soufis », œuvre du grand éditorialiste disparu Ahmed Bahgat, enseigne aux lecteurs que l’âme humaine ne peut connaître Dieu qu’en l’aimant. 

 

Journaliste franco-syrienne, Hala Kodmani est présidente de l’association française Souria Houria (Syrie Liberté) et couvre le conflit en Syrie pour Libération.

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