L’esprit critique ne prend pas de vacances ! Abonnez-vous à Books !

En librairie
Temps de lecture 5 min

Le caca dans tous ses états

Sauvegarder cet article

Un illustrateur japonais consacre un livre à son obsession d’enfance : les excréments. Dans une démarche aussi didactique que souriante, il nous apprend à les aimer.


© Édition B42

Avec Au cœur du caca, Bunpei Yorifuji et Kôichirô Fujita proposent une typologie de la matière fécale.

Dans le petit livre qu’il a écrit avec le médecin Kôichirô Fujita, le dessinateur Bunpei Yori­fuji se demande ce que repré­sentent concrètement les 1 365 800 tonnes de caca produites chaque jour par la popu­lation mondiale. Vous avez bien lu : de caca. La réponse ­témoigne d’un sens consommé des images : « entassé sur la surface d’un ­tatami », écrit Bunpei, cela donnerait une tour de 820 kilo­mètres de haut. Mais on peut aborder le problème autre­ment – en largeur, pour ainsi dire : si l’on prenait la peine d’étaler le caca produit à l’échelle mondiale sur une couche de 1 centimètre d’épaisseur, il ne faudrait que vingt-deux minutes pour recouvrir la principauté de Monaco (tentant, n’est-ce pas ?) Bunpei le confesse dès son introduction : depuis l’enfance, il est obsédé par le caca. C’est grâce à lui qu’il a découvert les joies de son art : il en des
sinait partout : « dans les toilettes, sur [s]a table d’écolier, sur le terrain de sport, sur les murs, sur les vitres embuées l’hiver ». Son ouvrage entend non seulement présenter de la façon la plus ludique possible tout ce qu’il y a à savoir sur cette matière si décriée (rappelons que le français « caca » vient du grec kakos, signifiant « mauvais »), mais aussi la réhabiliter. Parler de « déchets » à propos des excréments serait ainsi, à l’en croire, un contresens : ils jouent un rôle essentiel dans le « cycle de la ­nature ». On sait que les excréments d’animaux servent d’engrais aux végétaux. Mais Bunpei nous fait prendre conscience que l’inverse est aussi vrai : les plantes n’absorbent-elles pas de la lumière et divers nutriments avant de rejeter de l’oxygène ? On peut donc tout à fait considérer que « les humains, et les animaux de façon générale, vivent en respirant le caca des végétaux ». Au cœur du caca propose une typo­logie des étrons : celui qui est lové sur lui-même représente « l’excrément absolu », symbole d’« une vie équilibrée ». Le « caca banane » n’est pas mal non plus : « Il sent, mais une odeur à laquelle on s’habitue, qu’on peut même ne pas trouver répu­gnante. » Gare, en revanche, aux étrons fins, durs, boueux ou, pire, liquides. Outre qu’ils puent, ils sont le signe d’une mauvaise santé. La clé pour un beau caca ? Une nourriture équilibrée (on s’en doutait un peu), des repas à des horaires réguliers et pas trop de stress. Comme pour nous y aider, le livre s’achève sur une anecdote : « En Papouasie-Nouvelle-Guinée, nous apprend Bunpei, la coutume veut qu’une femme surprise à déféquer accepte de coucher. » De quoi se réconcilier définitivement avec le caca, non ?
LE LIVRE
LE LIVRE

Au cœur du caca de Bunpei Yorifuji et Kôichirô Fujita, Éditions B42, 2018

SUR LE MÊME THÈME

En librairie L'affaire Florence Cassez, mauvais polar mexicain
En librairie Le revenu universel contre la marchandisation de la société
En librairie Le modèle végétal

Aussi dans
ce numéro de Books

Booksletter,
c'est gratuit !

Retrouvez gratuitement la Booksletter
chaque samedi matin dans votre boîte email.