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Naît-on femme ou le devient-on ?

Les études de genre nées aux États-Unis ont détaillé les différences biologiques entre les hommes et les femmes pour justifier les écarts de comportements, et donné naissance au différentialisme.

Serge Ginger, l’un des rares psychothérapeutes différentialistes français, donnait l’une de ses dernières interventions à Aufeminin l’an passé : « Sur le plan génétique, il y a 2 % de différences entre un homme et un chimpanzé mâle ; alors qu’entre un homme et une femme il y a 5 % de différences. »

Mais cette discipline n’est pas reconnue par l’Université et rencontre peu d’échos en France. Nous avons toujours privilégié une culture plus égalitaire, constructiviste qui a donné lieu à un féminisme revendiquant la construction sociale de l’identité
de genre.

À la lecture du sondage d’Opinion Way pour Books, on pourrait se demander si nous ne sommes pas en train de changer…

En effet, le sondage est intéressant à plus d’un titre.

Tout d’abord, il fait apparaître les Français comme plus différentialistes que Serge Ginger !

Alors que les IRM ont démontré qu’il n’y avait pas de différences notoires entre les cerveaux masculins et féminins, 45 % des personnes pensent
le contraire.

Mais ce sont les femmes qui perçoivent de plus grandes dissemblances (54 % estiment qu’il y a des différences, contre 36 % des hommes).

La perception plus aiguë de nos différences provient sans doute du poids des habitudes. Dès l’enfance, on se sent élevé différemment, on dira d’une petite fille qu’elle est douce et d’un petit garçon qu’il a l’air costaud. Et les femmes ne cessent de porter en elles des inquiétudes : serai-je capable ?, oserai-je ?, quand les hommes sont plus en confiance dans une société qui les représente mieux, au sommet de l’État, des entreprises, des médias.

Ce qui semble plus étonnant, c’est de lire que les jeunes et les CSP + ont beaucoup plus affirmé leur croyance dans des différences biologiques que les moins jeunes ou les CSP -. En effet, plus on est jeune, plus on mesure que l’écart hommes/femmes est grand (56 % chez les 18-24 ans contre 38 % chez les plus de 60 ans). On serait tenté de croire que l’émancipation de la femme et la culture unisexe ont lissé les écarts et qu’on aurait dû trouver des résultats inverses… Non, c’est en vieillissant qu’on se découvre semblables.

De même, plus on est diplômé, plus on se sent différent (+ 52 % vs 45 %).

Là aussi, alors que les femmes représentent plus de la majorité des promotions de jeunes diplômés, les Français ressentent des dissemblances plus importantes selon le niveau scolaire.

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Enfin, dernier enseignement du sondage, les Français attribuent aux hommes un cerveau qui les prédisposerait à la violence (71 %) et à la prise de risque (55 %), tandis qu’ils font la part belle aux femmes, en considérant que leur cerveau les prédispose surtout à comprendre les autres (58 %).

Il n’y aurait que sur l’humour, le suicide et l’amour (respectivement 67 %, 72 % et 54 %) que nos cerveaux seraient non sexués.

On mesure combien nous avons tous collectivement une responsabilité pour mettre à bas des stéréotypes qui perdurent.

En 2011, nous avions mené une enquête passionnante sur www.womenology.fr, notre laboratoire du genre sur les valeurs des hommes et des
femmes. Alors que chacun attribuait à l’autre des valeurs d’autrefois, il y avait en réalité un infime écart entre les hommes et les femmes qui s’attribuaient assez simplement des valeurs communes d’honnêteté et de sens de la famille.

On pourrait conclure avec la psychanalyste Serge Hefez qu’il semble que « ce ne sont pas les différences physiologiques du cerveau que l’on mesure, mais bien ce que nous avons dans la tête » (Le Nouvel Ordre sexuel. Pourquoi devient-on fille ou garçon ?, KERO, 2012).

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