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Les Noirs sud-africains et la « black tax »

À la fin du lycée, Rufaro Samanga a été ravie d’apprendre qu’elle allait recevoir une bourse afin d’intégrer l’université de Witwatersrand à Johannesburg. Originaire d’un milieu modeste, la jeune fille s’imaginait pouvoir enfin dépenser un peu d’argent à sa guise. Son père venait de mourir laissant sa femme et ses enfants démunis. Mais sa grand-mère lui a expliqué ce qu’elle devait faire de sa bourse d’étude : « Tu vas en envoyer la moitié à ta mère. Il y a l’électricité à payer et il faut acheter de la nourriture ». « Ce n’était pas une demande, c’étaient des instructions, écrit Samanga sur le média en ligne OkayAfrica. Elle m’a sermonné chaque jour jusqu’à ce que je finisse par regretter d’avoir obtenu cette bourse. Voilà ce qu’est la « black tax« . »

Partager ses revenus en famille

Une partie des Sud-Africains noirs partagent, de plus ou moins bon gré, leurs revenus avec leur famille élargie ou leur communauté moins bien lotie qu’eux. La pratique tient de l’ubuntu, philosophie traditionnelle selon laquelle l’individu n’existe qu’en tant que membre du groupe. Mais de plus en plus de jeunes la considèrent comme une charge qui les freine dans leur propre ascension sociale, d’où ce terme péjoratif de black tax.

L’écrivain Niq Mlongho, qui a réuni dans Black Tax: Burden or Ubuntu 26 textes de personnalités sud-africaines directement confrontées à la black tax, y voit un leg de l’apartheid. Les noirs ont été privés du moyen d’accumuler et de transmettre du patrimoine. Les inégalités ainsi créées ont été perpétuées, après la réconciliation, par le système capitaliste.

Sécurité sociale

L’écrivain Monde Nkasawe préfère définir cette sorte de sécurité sociale comme un concept révolutionnaire, une œuvre de résistance face aux tentatives colonialistes d’effacer le modèle de la famille africaine. L’entrepreneuse Nelisa Ngqulana, quant à elle, explique que les couples noirs considèrent leurs enfants comme une forme d’investissement dont ils attendent de pouvoir toucher des bénéfices. « Le sentiment qui traverse tout le livre est que nous devons payer notre black tax parce que sinon, qui le fera ? », conclut Rufaro Samanga, tout en soulignant les questions « pertinentes » soulevées par l’artiste Sibonlige Fisher : « Subvenir aux besoins de ceux que nous aimons est inné mais quand faut-il s’arrêter ? Combien faut-il pour que cela suffise ? ».

À lire aussi dans Books : La charité réinventée, mai 2016.

LE LIVRE
LE LIVRE

Black Tax: Burden or Ubuntu de Niq Mlongho, Jonathan Ball, 2019

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