Objets d’une mémoire traumatique

Objets d’une mémoire traumatique

Bijoux, poèmes, étoffes, ustensiles de cuisine… Qu’emporter lorsqu’on doit fuir son foyer ? En Inde et au Pakistan, des rescapés de la partition de 1947 exhument leurs souvenirs d’exode.

Publié dans le magazine Books, mars 2019.

© Aanchal Malhotra

La plasticienne Aanchal Malhotra a exposé en 2015 le fruit de son travail sur la mémoire matérielle de la Partition. Ici, sa grand-mère face à ses souvenirs.

Le premier ouvrage de la plasticienne et écrivaine Aanchal Malhotra ­signale par son succès une blessure mal refermée et peut-être une ­mémoire en voie de libération : celle de la Partition. En Inde comme au Pakistan, l’événement demeure traumatique pour la génération qui l’a vécu en 1947. « Pendant cinquante ans, lit-on dans The Asian ­Review of Books, les historiens indiens ont considéré 1947 comme une ­année “triomphale et tragique”. La fin de la domination britannique constituait le triomphe du mouvement de libération nationale ; la partition du sous-­continent entre l’Inde, le Pakistan oriental (qui deviendra le Bangladesh) et le Pakistan occidental était l’effet collatéral tragique de l’indépendance. Il a fallu près d’un demi-siècle pour que les Indiens prennent conscience de la chape de plomb qui pesait sur les émeutes dont ont été victimes des millions de personnes » (au total, jusqu’à 2 millions de morts et 14 millions de déplacés). Les massacres de masse, les viols et le vandalisme qu’avaient vécus les musulmans (côté indien), les hindous et les sikhs (côté pakistanais) n’étaient évoqués que dans l’intimité des familles. Certes, les écrivains s’étaient ­depuis longtemps emparés du sujet, notamment, dès 1956, Khushwant Singh avec son célèbre Train pour le Pakistan ­(Autrement, 2008). Mais il a ­fallu attendre le 70e anniversaire de cette séparation sanglante pour que s’ouvre à Amritsar, dans le Pendjab ­indien, le premier ­musée consacré à la Partition. L’établissement donne à voir, entre autres, des objets abandonnés ou emportés par les réfugiés des deux bords : récipients, boîtes en fer-blanc, étoffes, bijoux, livres… C’est précisément la démarche à la fois concrète et « intimiste » qu’adopte Aanchal Malhotra dans Remnants of a Separation,…
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