Portrait du spleen en antidépresseur

Personnalité étrange et saugrenue, l’essayiste anglais Robert Burton publie en 1621 la première édition de son Anatomie de la mélancolie. À la fois docte et cocasse, cette somme constitue une lecture réjouissante dont se sont notamment inspirés Beckett et Borges.


Deux garçons aux grappes de raisin (vers 1605-1610), de Battistello Caracciolo. « Nul vivant n’est à l’abri de ces dispositions à la mélancolie », écrit Robert Burton.

Au XVIIe, le mal du siècle ne s’appelait pas encore « dépression ». On ne parlait alors que de « mélancolie », et celle-ci avait un chroniqueur attitré, l’essayiste anglais ­Robert Burton, qui avait consacré presque cinquante ans à l’anatomie de ce « mal anglais ». Or la somme qu’il a écrite sur ce sujet a priori pas bien gai constitue non seulement « l’un des documents fondamentaux de la culture européenne », comme l’affirme Dustin Illingworth dans The Paris Review, mais aussi une lecture formidablement réjouissante. L’écrivain Samuel Johnson disait devoir se lever deux heures plus tôt chaque jour pour en lire quelques pages ; Samuel Beckett s’en inspirera ; quant à Borges, certains distinguent l’influence du travail de Burton dans le fond comme dans la forme de presque toutes ses œuvres.
Le titre complet est aussi prolixe que l’ouvrage lui-même : « Anatomie de la mélancolie. Ce qu’elle est, avec tous ses ­aspects, ses causes, ses symptômes, ses pronostics et les différents moyens de la soigner. […] Philosophiquement, médicalement, historiquement abordée et disséquée. » Robert Burton examine en effet cette pandé...

LE LIVRE
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Anatomie de la mélancolie de Robert Burton, Gallimard, 2005

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