« Qu’ils mangent de la brioche ! »

« Qu’ils mangent de la brioche ! »

Le sociologue Michael Hartmann dénonce la déconnexion des élites.

Publié dans le magazine Books, décembre 2018/ janvier 2019.
Depuis les années 1990, le sociologue Michael Hartmann prend un malin plaisir à démonter les idées reçues sur les élites. L’affirmation selon laquelle elles ne devraient leur position qu’à leur mérite ? En 1996, dans Topmanager, Hartmann a montré que, dans leur immense majorité, les élites allemandes étaient les héritières de celles du passé. L’argument des PDG de grandes entreprises justifiant leurs salaires astro­nomiques par le marché mondialisé dans lequel ils évoluent ? Une escroquerie, à en croire un autre ouvrage de Hartmann, « L’élite économique mondiale. Une ­légende » (2016) : 90 % des PDG des plus grosses entreprises mondiales, tout comme 90 % des milliardaires, vivent et travaillent dans leur pays d’origine (voir l’entretien qu’il a accordé à Books en avril 2018). Dans son nouvel essai, Hartmann dénonce cette fois la décon­nexion de ces élites. « Les élites en Allemagne, mais aussi dans d’autres pays, ne savent plus guère à quoi ressemble la vie de la majorité de la population : beaucoup de ses membres vivent dans des quartiers homogènes. Ils ont un autre quotidien, d’autres hobbies, d’autres opportunités », ­explique-t-il dans l’hebdomadaire Die Zeit. Dans le quotidien Frankfurter Rundschau, Arno Widmann évoque la phrase attribuée à Marie-Antoinette à propos du peuple affamé de Paris : « S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche ! » Elle est apocryphe, mais, après avoir lu le livre de Hartmann, Widmann est tenté de la croire véridique. Joe Kaeser, le PDG de Siemens, dont le salaire ­horaire atteint 3 500 euros, n’a-t-il pas recommandé aux pauvres d’acheter des actions pour s’enrichir ? « Kaeser,…

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