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La « reine des allocs » a bel et bien existé

Ronald Reagan, en tant que gouverneur de Californie puis président des États-Unis, aimait raconter lors de ses meetings l’histoire d’une femme qui « utilisait quatre-vingts noms différents, une trentaine d’adresses, quinze numéros de téléphone pour obtenir des bons alimentaires, des prestations sociales, des allocations et les pensions de retraite de quatre maris anciens combattants qui n’avaient jamais existé. » Et elle n’était pas la seule, assurait-il.

Mais à chaque fois, il parlait de « la femme de Chicago », qui, disait-il, portait une fourrure, conduisait une Cadillac, mangeait des entrecôtes grâce au système de protection sociale. La presse, elle, la surnommait « the welfare queen », « la reine des allocs ». L’expression est passée dans le langage courant. Tous les Américains savent qui elle désigne : une afro-américaine qui fait de la fraude aux prestations sociales et vit mieux qu’eux sans travailler.

De l’expression à la femme

Il s’avère que la « femme de Chicago » dont Reagan n’a jamais donné le nom, a bel et bien existé. Le journaliste Josh Levin a « laborieusement rassemblé les morceaux de l’étrange et dramatique histoire de Linda Taylor », note l’universitaire Lisbeth B. Schorr dans The Washington Post, « et la fraude semble avoir été la plus inoffensive de ses activités ».

Née Martha Taylor White, cette fille d’un couple mixte à une époque où les mariages « interraciaux » étaient interdits a parcouru les États-Unis de long en large multipliant les escroqueries, les vols, les trafics et, peut-être, les homicides. « À certains moments, Taylor apparaît comme une personne instable, une mythomane incapable de distinguer la réalité de la fiction. À d’autres, Levin laisse entendre qu’elle sait exactement sur quel bouton appuyer, quel nom se donner, quelle tragédie invoquer pour obtenir ce qu’elle veut », remarque Sam Dolnick dans The New York Times.

De la fraude aux allocs à l’homicide

En 1974, quand elle est arrêtée pour une escroquerie aux assurances à Chicago, seul le policier chargé de l’enquête semble vouloir découvrir l’étendue réelle de ses méfaits. Sa hiérarchie et la presse, qui invente pour elle l’expression welfare queen, s’intéressent uniquement à la fraude aux allocations. Ils confortent ainsi l’Américain moyen qui considère alors « de plus en plus la pauvreté comme un problème des Noirs, et a le sentiment de ne pas avoir droit à la générosité de l’État du fait d’être blanc », souligne Jamie Fisher dans le Times Literary Supplement.

À lire aussi dans Books : Les pauvres, ce marché très lucratif, juin 2016.

LE LIVRE
LE LIVRE

The Queen: The Forgotten Life Behind an American Myth de Josh Levin, Little, Brown and Company , 2019

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