Retour sur l’« invention » du « peuple juif »
par Olivier Postel-Vinay

Retour sur l’« invention » du « peuple juif »

La thèse radicale de l’historien israélien Shlomo Sand, pour qui le « peuple juif » n’est qu’une fiction, est foulée aux pieds par un historien britannique.

olivier postel-vinay Publié dans le magazine Books, septembre 2010. Par Olivier Postel-Vinay
« Il n’existe pas et n’a jamais existé de peuple juif », nous déclarait l’historien israélien Shlomo Sand dans un grand entretien que nous avons publié dans notre numéro de février 2009. À l’époque, son livre n’existait qu’en hébreu et en français. Depuis, il a été traduit en anglais, chez l’éditeur américain de gauche Verso. Il a été salué par certains, conspué ou ridiculisé par d’autres. Du côté des admirateurs, on peut citer le grand intellectuel américain Tony Judt, dont l’éditeur a exploité un texte pour promouvoir le livre : « Shlomo Sand a écrit un livre remarquable. Avec calme et compétence, il a, très simplement, normalisé l’histoire juive. En lieu et place du mythe improbable d’une nation unique dotée d’un destin à part – expulsée, isolée, errante et finalement restaurée dans sa terre légitime –, il a reconstruit l’histoire des Juifs et réintégré cette histoire dans le récit global de l’humanité (1). Le passé principalement imaginaire exploité par les Juifs, qui a tant fait pour générer les conflits du temps présent, apparaît, tel le passé de bien d’autres nations, comme largement inventé. Toute personne intéressée à comprendre le Proche-Orient actuel se doit de lire ce livre. » Fin 2009, l’essai de Shlomo Sand s’était également attiré les éloges de Terry Eagleton, un cacique de la critique littéraire britannique. Il saluait « l’un des livres les plus courageux de l’année » et ajoutait : « Il est réconfortant de voir que l’ouvrage est resté longtemps dans la liste des bestsellers israéliens. » Il s’exprimait dans The Times Literay Supplement. Le même journal d’où est venue la critique frontale la plus vigoureuse. Elle est signée d’un historien d’Oxford, Martin Goodman, spécialisé dans l’histoire des Juifs sous l’Empire romain. L’un de ses livres est paru en français : Rome et Jérusalem. Le choc de deux civilisations (Perrin, 2009). En février 2010, il a procédé à une démolition en règle de « L’invention du peuple juif », titre retenu par l’éditeur américain. Martin Goodman commence par contester la thèse de Sand d’après laquelle « l’exil » des Juifs après la destruction du second Temple de Jérusalem, en 70 de notre ère, est un mythe. Pour Goodman, il n’y a aucune raison de remettre en cause le récit fait par l’historien romain Flavius Josèphe, qui écrivait peu de temps après les faits. Il reconnaît que la « déjudéisation de Jérusalem ne fut pas instantanée » et qu’il faut…
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