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Les secrets de l’intelligence

On peut avoir reçu le prix Nobel et croire à des aberrations. Le journaliste scientifique David Robson explore les facettes et les contradictions de l’esprit humain.

Le titre français est un peu trompeur. Le journaliste scientifique britannique David Robson s’intéresse bien sûr à la question de savoir « pourquoi l’intelligence rend idiot » et il y répond de façon détaillée et convaincante. Mais, en réalité, le paradoxe d’une telle interrogation repose sur un malentendu facile à dissiper : une définition bien trop restrictive de ce qu’est l’intelligence. Celle-ci ne saurait se réduire au seul quotient intellectuel. Et tout le mérite de Robson est d’en explorer la nature beaucoup plus variée et ­protéiforme.

 

Dès son introduction, il cite le Discours de la méthode, de Descartes : « Car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien. Les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices, aussi bien que des plus grandes vertus ; et ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer bien davantage s’ils suivent toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent, et qui s’en éloignent. » En un sens, son livre ne fait qu’illustrer ce propos à grand renfort d’études scientifiques.

 

On y croise Kary Mullis, prix Nobel de chimie qui refuse de croire que le sida est provoqué par le VIH, Linus Pauling, autre prix Nobel de chimie qui prétend soigner le cancer avec des vitamines, Arthur Conan Doyle, créateur du détective le plus rationnel de la littérature mondiale et adepte fervent du spiritisme, des experts du FBI si persuadés qu’ils ont trouvé le coupable qu’ils ne voient pas l’évidence de son innocence, et plusieurs personnes qui, malgré leur QI stratosphérique, n’ont guère réussi dans la vie.

 

Robson leur oppose Benjamin Franklin, incarnation de la « sagesse empirique », Richard Feynman, qui, avec un QI de « seulement » 125, fut l’un des physiciens les plus importants du XXe siècle, ou encore Charles Darwin, élève médiocre qui a révolutionné la biologie. Plus généralement, il distingue intelligence et rationalité, lesquelles ne vont pas nécessairement de pair, et il regrette que la rapidité d’esprit soit si valorisée, car on peut penser lentement mais bien. L’inverse, en revanche, est loin d’être toujours vrai.

 

L’auteur déploie toute une typologie des différents biais cognitifs conduisant d’éminents esprits à se tromper lourdement : celui de la « tache aveugle », par exemple, cette « tendance à voir les défauts des autres et à ne pas avoir conscience de ses propres préjugés et erreurs de raisonnement », ou le « dogmatisme acquis », cette rigidité et fermeture d’esprit dont souffrent certains « experts », ou encore le « syndrome du Nobel », qui, comme le résume James McConnachie dans le quotidien The Times, fait que des lauréats du fameux prix « prennent des positions douteuses sur des questions qui n’ont rien à voir avec leur domaine de compétence ».

 

L’une des conclusions de Robson est que « nos croyances prennent peut-être leur source dans nos besoins affectifs, tandis que l’intellect intervient seulement après coup pour justifier ces sentiments, si bizarres soient-ils ». Or plus on est intelligent, plus il nous est facile de trouver des arguments en faveur d’idées aberrantes.

 

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Il existe heureusement des remèdes. « Beaucoup sont assez familiers pour être devenus des clichés, relève Emily Bobrow dans The Wall Street Journal: faire preuve d’humilité et garder l’esprit ouvert ; peser les vues opposées sans se laisser guider par ses émotions, mais en prenant du recul. Tout cela peut sembler du simple bon sens, mais, comme le démontre Robson de façon convaincante, le bon sens est loin d’être la chose la mieux partagée du monde. »

LE LIVRE
LE LIVRE

Pourquoi l’intelligence rend idiot de David Robson, traduit de l’anglais par Nathalie Ferron, Fayard, 2020

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