Soft power à la française

Pendant une grande partie du XIXe siècle, la France renonce aux grandes conquêtes territoriales, mais pas à toute ambition : elle développe alors un impérialisme informel et sophistiqué, peu étudié jusqu’ici.


Le canal de Suez en 1890. Si l’entrepreneur Ferdinand de Lesseps obtint à des conditions généreuses sa concession initiale, c’est parce que le pacha d’Égypte avait appris le français auprès de son père, consul à Alexandrie de 1831 à 1838.

Le xixe siècle français reste étonnamment mal connu. Prenez la période qui s’étend de la chute de Napoléon, en 1815, aux années 1880, quand la IIIe République, une fois bien installée, se lance dans la plus importante et rapide extension territoriale de notre histoire : on est, en général, bien au fait des tumultes intérieurs, parfois aussi de la très hasardeuse politique des nationalités menée en Europe, qui débouche sur l’unification allemande et le désastre de 1870, mais comment caractériser la politique coloniale de la France d’alors ? Il y a bien la conquête de l’Algérie et de quelques têtes de pont en Afrique, dans le Pacifique et en Indochine, mais ce n’est pas grand-chose si l’on compare à ce qui précède et, surtout, à ce qui suit. Pour rendre compte de ces ambitions outre-mer relativement modestes, l’analyse traditionnelle évoque volontiers un expansion­nisme mis provisoirement sous cloche. Ne s’agirait-il pas cepen­dant d’autre chose, d’une forme d’impérialisme mal cerné jusqu’ici ?
Dans A Velvet Empire (« ...

LE LIVRE
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Un empire de velours. L’impérialisme informel français au XIXe siècle  de David Todd, Princeton University Press, 2021

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