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Sportifs en majesté

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Le Tchèque Ota Pavel brosse une galerie de portraits d’athlètes qui sont autant de drames humains.

Les poissons et les athlètes. Voilà deux sujets qui passionnaient Ota Pavel (1930-1973), « maître absolu du journalisme sportif » et « l’un des écrivains tchèques les plus ­appréciés » dans son pays, selon le quotidien Dnes. Et auxquels il a consacré ses deux ouvrages ­traduits en français, Comment j’ai rencontré les poissons et, le dernier en date, À chacun sa part de gâteau. Si le premier fait partie de ses œuvres autobiographiques (Ota Pavel y raconte notamment avec nostalgie son enfance en Bohême), le second est à rapprocher de sa vie professionnelle : après être descendu à la mine puis avoir assisté son père en tant que représentant de commerce pour du papier tue-mouches, il devient journaliste sportif, encouragé par son ami, le grand écrivain tchèque ­Arnošt Lustig. Dans ses articles comme dans ses œuvres littéraires, Ota ­Pavel s’intéresse aux destins extr
a­ordinaires des athlètes qui ont marqué la Tchécoslovaquie de l’après-guerre et qu’il a ­côtoyés de près. Il y est question de grandeur, de ­déchéance, de souffrance, ­d’angoisses, de quête de reconnaissance… Dans À chacun sa part de gâteau, on trouve ainsi un « cycliste maudit », Michel-Ange raté du vélo, un « dégonflé normal », gardien de but du FK Dukla Prague, un baron qui rêvait de devenir cycliste professionnel quand « ses ancêtres de la famille des chevaliers bleus priaient pour avoir des épées bien affûtées et des chevaux agiles », le gymnaste Aloïs Hudec, qui, en remportant l’or aux jeux Olympiques de Berlin, en 1936, obligea « les uniformes brun et noir et l’homme à la ­petite moustache à rendre hommage à l’hymne qui parlait de patrie et des éclairs au-­dessus des Tatras », un canoéiste qui « passait les journées sur l’eau et les nuits à l’usine »… Le site de Radio Vltava résume : « Ota Pavel portait sur les athlètes un regard singulier, fin et compatissant, donnant l’impression que les milieux sportifs étaient les coulisses des drames humains. » Des drames humains, l'écrivain en a vécu lui aussi, rappelle la ­revue Literární Noviny : « Ota Pavel savait très bien de quoi il parlait. Sa famille a été frappée par la Shoah, et lui-même a souffert de troubles mentaux. Pourtant (ou peut-être de ce fait), son œuvre est toujours ­empreinte de douceur, d’amitié, de courage, de pureté et d’amour. Il a d’ailleurs écrit la plupart de ses livres après l’apparition de ses troubles bipolaires. » Sa maladie, qui s’était déclarée en 1964 lors des Jeux d’Innsbruck – durant lesquels, en pleine crise, il mit le feu à une grange –, lui ­valut seize hospi­talisations avant qu'il ne succombe à un infarctus en 1973, à l'âge de 42 ans.
LE LIVRE
LE LIVRE

À chacun sa part de gâteau de Ota Pavel, éditions DO, 2018

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