Uffe Ravnskov : « Il n’y a aucun lien entre cholestérol et athérosclérose »

Uffe Ravnskov : « Il n’y a aucun lien entre cholestérol et athérosclérose »

Le mythe de la responsabilité du cholestérol et des graisses animales dans la maladie cardiaque est entretenu par « l’argent, le prestige et la bêtise ».

Publié dans le magazine Books, février 2013.
Dans votre livre « Les matières grasses et le cholestérol sont bons pour votre santé », vous rappelez une étude vieille de 75 ans montrant l’absence de lien entre le taux de cholestérol et l’athérosclérose. Ce résultat était-il une anomalie, une exception ? C’était en 1936, à New York. Un anatomopathologiste et un biochimiste avaient analysé les artères de gens morts subitement d’un accident, d’un suicide ou d’un meurtre. Et trouvé aucune association entre le taux de cholestérol dans le sang et le degré d’athérosclérose. Ces résultats ont été confirmés par plusieurs équipes dans les années 1960 puis dans les années 1970 par angiographie (et en 2001 par tomographie à faisceau d’électrons). En 1959 des chercheurs américains et japonais ont montré que l’aorte des Japonais avait autant d’athérosclérose que celles des Américains. Or les Japonais avaient un bas taux de cholestérol… Cela a été confirmé par une étude de 1969 portant sur les artères cérébrales de 7 000 Américains et Japonais. Les artères de ces derniers étaient même les plus abîmées. C’est un autre indice illustrant le fait que l’athérosclérose n’a rien à voir avec la concentration de cholestérol dans le sang. Une étude de 1962 montre que manger des aliments riches en cholestérol, comme les œufs, n’augmente pas le taux de cholestérol dans le sang… Publiée dans le bulletin de l’OMS, cette étude a été amplement confirmée depuis. Je l’ai expérimenté sur moi-même, en mangeant huit œufs par jour pendant une semaine et en mesurant mon taux de cholestérol : il n’a pas augmenté, il a même plutôt baissé. C’est parfaitement normal : notre corps produit chaque jour trois à cinq fois plus de cholestérol que ce que nous en absorbons. Si nous n’en prenons pas assez, notre corps en produit davantage ; si nous nous gobergeons de graisses d’origine animale, notre corps en produit moins. En 1962 et 1963 plusieurs chercheurs ont montré qu’en Afrique de l’Est les Masaï, les Samburu et les bergers somaliens, qui mangent principalement des graisses animales, ont un très bas taux de cholestérol… Etudiés par le Pr George Mann de l’université Vanderbilt, qui avait établi un laboratoire sur place, les Masaï sont un cas particulièrement intéressant. Le taux de cholestérol de ces guerriers nomades est le plus bas jamais mesuré, alors que 60 % des calories qu’ils absorbent sont dérivées de graisses saturées. En 1975 un chercheur anglais s’est demandé ce qu’il en était de Masaï urbanisés de Nairobi. Réponse : alors que leur alimentation comportait beaucoup moins de graisses animales, leur taux de cholestérol avait grimpé de 25 %. Vous évoquez une grande étude indienne de 1967 montrant une corrélation inverse entre la mortalité cardiaque et l’ingestion de graisses alimentaires… Ce travail a porté sur plus d’un million d’employés des chemins de fer indiens pendant cinq ans. La mortalité cardiaque était près de sept fois plus élevée à Madras qu’au Pendjab, alors que les habitants du Pendjab absorbent presque dix-huit fois plus de graisses, principalement d’origine animale. Bien que dûment publiée dans le British Heart Journal, cette étude n’est curieusement jamais citée. Plus de trente autres études ont montré que les malades cardiaques ne se sont pas plus nourris que les autres de graisses animales. Huit études ont même montré que les victimes d’attaque cérébrale ont moins pris de graisses saturées que les autres. Et aucune étude n’a montré que la maladie cardiaque serait plus fréquente dans les pays où l’on mange plus de graisses saturées. En 1983 fut apportée, dites-vous, la première démonstration que le « mauvais » cholestérol pourrait nous protéger des infections bactériennes… C’est un travail de laboratoire, mené par une équipe de Geissen en Allemagne. Les chercheurs ont montré que le cholestérol LDL neutralise la toxine des staphylocoques. J’en suis pour ma part convaincu : le cholestérol LDL fait partie d’un système immunitaire méconnu. Les lipoprotéines LDL qui transportent le cholestérol captent aussi les toxines bactériennes et virales et les inactivent. De fait, des études portant sur des dizaines de milliers de sujets ont montré qu’un bas taux de cholestérol est un facteur de risque pour les maladies infectieuses. Et plus…
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