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Uffe Ravnskov : « Il n’y a aucun lien entre cholestérol et athérosclérose »

Le mythe de la responsabilité du cholestérol et des graisses animales dans la maladie cardiaque est entretenu par « l’argent, le prestige et la bêtise ».

Dans votre livre « Les matières grasses et le cholestérol sont bons pour votre santé », vous rappelez une étude vieille de 75 ans montrant l’absence de lien entre le taux de cholestérol et l’athérosclérose. Ce résultat était-il une anomalie, une exception ?

C’était en 1936, à New York. Un anatomopathologiste et un biochimiste avaient analysé les artères de gens morts subitement d’un accident, d’un suicide ou d’un meurtre. Et trouvé aucune association entre le taux de cholestérol dans le sang et le degré d’athérosclérose. Ces résultats ont été confirmés par plusieurs équipes dans les années 1960 puis dans les années 1970 par angiographie (et en 2001 par tomographie à faisceau d’électrons).

En 1959 des chercheurs américains et japonais ont montré que l’aorte des Japonais avait autant d’athérosclérose que celles des Américains. Or les Japonais avaient un bas taux de cholestérol…

Cela a été confirmé par une étude de 1969 portant sur les artères cérébrales de 7 000 Américains et Japonais. Les artères de ces derniers étaient même les plus abîmées. C’est un autre indice illustrant le fait que l’athérosclérose n’a rien à voir avec la concentration de cholestérol dans le sang.

Une étude de 1962 montre que manger des aliments riches en cholestérol, comme les œufs, n’augmente pas le taux de cholestérol dans le sang…

Publiée dans le bulletin de l’OMS, cette étude a été amplement confirmée depuis. Je l’ai expérimenté sur moi-même, en mangeant huit œufs par jour pendant une semaine et en mesurant mon taux de cholestérol : il n’a pas augmenté, il a même plutôt baissé. C’est parfaitement normal : notre corps produit chaque jour trois à cinq fois plus de cholestérol que ce que nous en absorbons. Si nous n’en prenons pas assez, notre corps en produit davantage ; si nous nous gobergeons de graisses d’origine animale, notre corps en produit moins.

En 1962 et 1963 plusieurs chercheurs ont montré qu’en Afrique de l’Est les Masaï, les Samburu et les bergers somaliens, qui mangent principalement des graisses animales, ont un très bas taux de cholestérol…

Etudiés par le Pr George Mann de l’université Vanderbilt, qui avait établi un laboratoire sur place, les Masaï sont un cas particulièrement intéressant. Le taux de cholestérol de ces guerriers nomades est le plus bas jamais mesuré, alors que 60 % des calories qu’ils absorbent sont dérivées de graisses saturées. En 1975 un chercheur anglais s’est demandé ce qu’il en était de Masaï urbanisés de Nairobi. Réponse : alors que leur alimentation comportait beaucoup moins de graisses animales, leur taux de cholestérol avait grimpé de 25 %.

Vous évoquez une grande étude indienne de 1967 montrant une corrélation inverse entre la mortalité cardiaque et l’ingestion de graisses alimentaires…

Ce travail a porté sur plus d’un million d’employés des chemins de fer indiens pendant cinq ans. La mortalité cardiaque était p

rès de sept fois plus élevée à Madras qu’au Pendjab, alors que les habitants du Pendjab absorbent presque dix-huit fois plus de graisses, principalement d’origine animale. Bien que dûment publiée dans le British Heart Journal, cette étude n’est curieusement jamais citée. Plus de trente autres études ont montré que les malades cardiaques ne se sont pas plus nourris que les autres de graisses animales. Huit études ont même montré que les victimes d’attaque cérébrale ont moins pris de graisses saturées que les autres. Et aucune étude n’a montré que la maladie cardiaque serait plus fréquente dans les pays où l’on mange plus de graisses saturées.

En 1983 fut apportée, dites-vous, la première démonstration que le « mauvais » cholestérol pourrait nous protéger des infections bactériennes…

C’est un travail de laboratoire, mené par une équipe de Geissen en Allemagne. Les chercheurs ont montré que le cholestérol LDL neutralise la toxine des staphylocoques. J’en suis pour ma part convaincu : le cholestérol LDL fait partie d’un système immunitaire méconnu. Les lipoprotéines LDL qui transportent le cholestérol captent aussi les toxines bactériennes et virales et les inactivent. De fait, des études portant sur des dizaines de milliers de sujets ont montré qu’un bas taux de cholestérol est un facteur de risque pour les maladies infectieuses. Et plus de vingt études montrent que les personnes âgées ayant un taux de cholestérol élevé ont une plus grande espérance de vie que la moyenne (1).

Comment se fait-il qu’à cette époque, c’est-à-dire avant l’invention des statines, et alors qu’existaient toutes ces études contraires, les graisses animales et le cholestérol étaient déjà considérés comme l’ennemi à abattre ?

En réalité le dogme s’est installé dès les années 1960, en raison de l’énorme succès de deux études qui ont été prises pour argent comptant : l’étude dite des « six pays » publiée par l’Américain Ancel Keys en 1953 et la grande enquête américaine dite de Framingham, dont l’article scientifique phare a été publié en 1961. Tronquée et fallacieuse, l’étude des « six pays » prétendait montrer que la maladie cardiaque était directement corrélée au taux de graisses animales dans l’alimentation. Les responsables de l’étude de Framingham, eux, prétendaient apporter la preuve que le risque d’infarctus est lié à un taux de cholestérol élevé, alors même que les données qu’ils avaient compilées démontraient le contraire. Mais bien peu de scientifiques sont allés regarder ces données [lire ci-dessus « L’illusion de Framingham »], pas plus qu’ils n’ont été vérifié la qualité de l’étude des six pays [lire « Études bancales » p. 38].

Vous citez une étude de 1988 montrant que chez les patients souffrant d’hypercholestérolémie familiale, le taux de cholestérol n’est pas lié au risque cardiaque…

C’est une étude finlandaise, publiée dans la revue Atherosclerosis. Ceux chez qui le taux de cholestérol est juste un peu au-dessus de la moyenne courent le même risque de maladie cardiaque que ceux dont le taux est deux fois supérieur ou davantage. Cette étude portait sur un grand nombre de patients. Elle montre avec d’autres que contrairement à ce que l’on croit souvent l’hypercholestérolémie familiale en tant que telle n’est pas un facteur de risque cardiaque. Si les hypercholestérolémiques ont un risque cardiaque plus élevé et qui apparaît plus tôt que la moyenne, c’est sans doute dû à d’autres facteurs génétiques. Plusieurs études montrent d’ailleurs qu’ils vivent en moyenne plus vieux que la population générale.

En 1992 des chercheurs américains ont trouvé qu’un bas taux de cholestérol prédit un risque accru de mourir de maladies de l’estomac, des intestins et des poumons…

C’est un travail de l’équipe de David Jacobs, de l’université du Minnesota. Je ne sache pas que cette étude ait été reproduite, mais elle portait sur plus de 100 000 personnes de huit pays différents, elle est donc assez convaincante. Elle contribue à étayer l’idée que le cholestérol protège contre les maladies infectieuses.

En 1994 une étude américaine a montré que les personnes âgées ayant un bas taux de cholestérol ont deux fois plus de risques de mourir d’un infarctus que les personnes âgées ayant un taux élevé…

C’est un travail de l’équipe de Harlam Krumholz, à Yale. Plus de vingt études ont confirmé ce fait. En 2009 une étude de chercheurs de l’université de Californie à Los Angeles, portant sur 137 000 patients ayant subi un infarctus majeur, a montré que le taux de cholestérol total et celui du « mauvais » cholestérol étaient anormalement bas. L’étude a été publiée dans l’American Heart Journal.

Comment expliquez-vous qu’après plus d’un demi-siècle de preuves accumulées la théorie de la responsabilité du cholestérol et des graisses animales continuent à régner ?

L’argent, le prestige et la bêtise.

Un cardiologue français réputé a écrit récemment : « La non-prescription d’une statine après un accident vasculaire est actuellement une quasi-faute professionnelle (2). » À quels patients doit-on selon vous prescrire des statines ?

À aucun. Le bénéfice est négligeable et le risque d’effets secondaires est beaucoup, beaucoup plus élevé que ce qu’on nous raconte.

Quel régime alimentaire recommandez-vous ?

Les diabétiques et les obèses devraient suivre un régime « low-carb », pauvre en sucres et en féculents et riche en graisses, surtout en graisses saturées (d’origine animale). Les gens en bonne santé peuvent manger ce qu’ils veulent.

Vous avez été un chercheur indépendant pendant trente-trois ans. Comment avez-vous pu financer vos recherches ?

Je les ai entièrement financées de ma poche.

Propos recueillis par Books.

LE LIVRE
LE LIVRE

Les graisses et le cholestérol sont bons pour votre santé !, GB Publishing

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